One Step at A Time de Michelle Lynne, exploration de la guérison et de la transformation dans une dialectique classique et pop cinématographique.


Entre piano classique, écriture pop et souffle cinématographique, One Step at A Time trace un parcours intérieur sensible et immersif. Un album de guérison et de transformation signé Michelle Lynne, pensé comme une bande originale intime, douce et profondément humaine.

Dès les premières notes de One Step at A Time, une atmosphère s’installe, presque cinématographique, où le piano devient un fil conducteur émotionnel. L’album avance avec retenue, sans emphase inutile, préférant la nuance à la démonstration. On y perçoit une volonté claire de créer un espace de respiration, un lieu intérieur où l’on peut ralentir et écouter ce qui affleure. Chaque morceau semble pensé comme une étape, jamais comme un aboutissement définitif. L’ensemble déploie une douceur maîtrisée, parfois surprenante, qui évoque immédiatement l’univers d’une bande originale, capable d’accompagner des images intimes ou des paysages mentaux. C’est joli, doux et étonnamment immersif, porté par une sincérité qui ne cherche pas à séduire à tout prix, mais à accompagner, avec pudeur, celles et ceux qui prennent le temps d’entrer dans cette musique.


Qui est Michell Lynne, une artiste à mi-chemin entre le classique et la modernité.

Michelle Lynne est une pianiste et autrice compositrice canadienne qui redéfinit les contours de la carrière classique contemporaine. Formée dans la tradition académique, notamment avec un master obtenu à l’Université de Montréal, elle aurait pu se limiter à un parcours strictement classique. Pourtant, elle a choisi d’embrasser pleinement une identité plus large, mêlant écriture personnelle, chant et héritage classique.

Avec One Step at A Time, son premier album indépendant, elle assume cette double filiation en fusionnant répertoire classique et compositions originales. La voix claire, les lignes de piano intimistes, les cordes luxuriantes et la précision technique dessinent un paysage sonore évocateur, déjà écouté par plus de 100 000 auditeurs. Artiste multidimensionnelle, elle conjugue performance, transmission et création, et prouve que la musique classique peut dialoguer avec d’autres formes sans se renier. Actuellement en tournée européenne, elle a déjà joué devant plus de 250 000 personnes en trois ans, confirmant une trajectoire singulière, guidée par l’authenticité plutôt que par les cadres établis.

Coup de cœur pour Everglow

Ce titre nous rappelle un peu la douceur et le doigté du compositeur japonais Joe Hisaishi, surtout avec son cultissime film L’Été de Kikujiro. On se sent comme emporté dans une ballade, un voyage vers l’inconnu. Cependant, Everglow possède une certaine mélancolie contenue.

Si cette artiste propose quelque chose d’hybride entre le classique, la pop et un univers propice à la synchronisation musicale, c’est peut-être aussi un rappel de son parcours et ses multiples talents, Michelle Lynne n’ayant jamais limité sa carrière à la seule scène ou au studio. Pianiste de formation classique, chanteuse, compositrice, elle a très tôt développé une dimension entrepreneuriale, construisant un modèle indépendant où création, pédagogie et production cohabitent.

Cette capacité à penser la musique comme un projet global se ressent dans son travail, structuré, lisible, mais jamais froid. L’écriture reste émotionnelle, accessible, tout en étant portée par une rigueur héritée du classique. Cette double compétence, artistique et entrepreneuriale, explique sans doute la cohérence de son univers, capable de dialoguer avec l’image, le récit et l’émotion, sans jamais perdre de vue l’essentiel, raconter et transmettre. On a juste à fermer les yeux pour imaginer un film, une scène dramatique entre deux amants. Hold On est le parfait exemple !

En effet, on va jouer avec l’imaginaire collectif des comédies romantiques. Hold On s’inscrit clairement dans une grammaire émotionnelle proche des RomCom, celle où la chute précède toujours la relance du récit. Les lieux communs y sont assumés, la perte de repères, la solitude passagère, l’idée que tout semble figé avant qu’un mouvement intérieur ne s’amorce. Comme dans de nombreux films du genre, le décor importe moins que l’état intérieur du personnage. Le temps ralentit, les pensées tournent en boucle, puis un signe discret apparaît. Une lumière, une promesse, une respiration. Le choix des mots dans les paroles évoque cette transition avec des images simples mais efficaces, les étoiles qui brillent encore, le monde qui continue de tourner, autant de symboles familiers du cinéma romantique. Rien de spectaculaire, mais une mise en confiance progressive, presque scénarisée, qui prépare le retour de l’élan amoureux.

Le traitement du sentiment amoureux repose ici sur la patience et la reconstruction, loin des déclarations flamboyantes. L’amour n’est pas présenté comme une évidence fulgurante, mais comme un chemin à reprendre, étape par étape. Cette approche rappelle les romances où les personnages doutent, se replient, avant de comprendre que le lien existe toujours, parfois enfoui, jamais détruit. La chanson insiste sur l’idée que rien n’est perdu, que même les blessures ont un sens, une fonction dans le récit personnel. Cette vision douce et réaliste de l’amour évite le mélodrame pour privilégier l’accompagnement. On y retrouve cette tonalité typique des bandes originales de films romantiques, capables de soutenir une scène clé sans l’écraser. C’est joli, doux et surprenant, avec cette capacité rare à suggérer plus qu’à affirmer, laissant à l’auditeur la place d’y projeter sa propre histoire. C’est cinématographique, c’est une chanson de Ending.

On continue le voyage avec Empty Promises

Dans ce 4e chapitre de l’album, l’artiste propose avec Empty Promises, quelque chose de fort. Pourtant, ici, l’émotion ne déborde jamais, elle est volontairement suspendue, maintenue dans un entre deux fragile grâce à un phrasé très doux et lent. La voix avance avec retenue, comme si chaque mot était pesé avant d’être laissé en suspension. Cette lenteur crée un espace particulier, presque immobile, où la douleur n’explose pas mais s’installe.

Le chant n’appuie jamais la blessure, il la laisse respirer, ce qui renforce paradoxalement son impact. Les silences, les répétitions et les lignes étirées donnent l’impression que le temps se dilate, que l’émotion reste en apnée. Le sentiment amoureux est traité comme une trace persistante, quelque chose dont on apprend à se détacher sans jamais l’effacer totalement. La musique accompagne cette mise à distance, refusant le pathos au profit d’une mélancolie contenue. Ce choix de retenue émotionnelle rend la chanson d’autant plus touchante, car elle ne cherche pas à convaincre, elle laisse simplement l’auditeur s’arrêter, écouter, et rester un instant avec ces promesses vides qui continuent de résonner.

À quelques pas de ce chapitre, il y a Pavane pour une infante défunte, une reprise d’une composition de Maurice Ravel. Composée en 1899 et dédiée à la princesse de Polignac. Cette version pour piano est sublime, on vous conseille également celle de Gautier Capuçon. Ce voyage se poursuit vers Let Me Heal.

Let Me Heal et I’m here, les titre les plus Pop de l’album.

6e étape du voyage. Dans Let Me Heal, le sentiment de révolte ne passe pas par la colère frontale, mais par une montée progressive de la lucidité. Le morceau, le plus Pop de l’album, flirte clairement avec une esthétique Pop, presque Rock, portée par des machines qui viennent ponctuer les basses et les percussions, donnant au titre une pulsation plus affirmée, presque combative.

Cette énergie rythmique agit comme un moteur intérieur, traduisant le moment précis où la douleur cesse d’être subie pour devenir conscience. La voix ne crie pas, elle affirme, avec une tension contenue qui transforme la plainte en demande active. La prise de conscience est centrale, reconnaître la blessure, admettre qu’elle a fracturé quelque chose de profond, mais refuser qu’elle définisse l’avenir. La chanson, dans ses paroles avance comme un chemin obligé, sortir passe par traverser, et non par l’évitement.

Musicalement, cette structure est renforcée par l’usage des textures électroniques, qui contrastent avec la formation classique de Michelle Lynne, et signalent une rupture assumée. Le morceau incarne ainsi un basculement, celui où la foi, l’espoir et la reconstruction ne sont plus passifs, mais deviennent des actes conscients, presque politiques, face à la souffrance.

En 8e position dans l’album arrive I’m Here, et la différence avec Let Me Heal est immédiatement perceptible dans la posture émotionnelle. Là où Let Me Heal exprimait une révolte lucide, presque physique, face à la blessure, I’m Here s’inscrit dans un temps d’après, celui de l’acceptation et de l’exposition de soi. La tension Pop Rock laisse place à une écriture plus frontale, moins combative, davantage tournée vers la vérité intérieure.

Le sentiment dominant n’est plus la lutte, mais le choix conscient de ne plus se cacher. Le titre fonctionne comme une déclaration calme, presque posée, où l’émotion n’est plus contenue par la douleur, mais offerte. Cette bascule transforme la demande de guérison en engagement personnel. Chez Michelle Lynne, I’m Here agit comme un point d’équilibre, moins urgent que Let Me Heal, mais plus déterminant, car il marque l’instant où la vulnérabilité devient un acte assumé, et non plus une conséquence subie. On a une petite hésitation entre ces deux titres, toutefois Let Me Heal reste plus percutant, il semble plus immédiat et plus capacitif à attraper nos pensées. I’m here tout comme In the In-Between vont utiliser une structuration plus singulière et ne cherchent pas une pop évidente, mais la communication d’une histoire avec des péripéties et modulation dans la structure.


L’album se termine paisiblement avec une reprise en version piano de Hold On et Empty Promises. Comme une conclusion parfaite, un rappel du talent d’instrumentiste de l’artiste.

Avec One Step at A Time, Michelle Lynne signe un album d’une grande cohérence émotionnelle, pensé comme un voyage intérieur plus que comme une simple succession de titres. Chaque morceau trouve sa place dans un récit global, alternant suspension, lucidité et apaisement. L’équilibre entre écriture pop, héritage classique et sensibilité cinématographique donne à l’ensemble une identité singulière, propice à l’image comme à l’introspection. Sans jamais forcer l’émotion, l’album accompagne l’auditeur avec pudeur et constance, rappelant que la reconstruction se fait rarement dans l’éclat, mais dans la durée. Une œuvre douce, immersive et sincère, qui confirme un talent capable de raconter sans surligner, et de toucher sans jamais imposer.

 

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