David Delabrosse – Les mots modernes


Un morceau doux et entraînant qui interroge la place des mots à l’ère du flux permanent. Avec Les mots modernes, David Delabrosse observe le décalage générationnel, la perte d’accès à l’air du temps, et la nécessité de se remettre en question, sans jamais céder à l’amertume.

Avec Les mots modernes, David Delabrosse propose une chanson à la fois douce et entraînante, portée par un flow musical surprenant qui capte rapidement l’attention. Derrière cette légèreté apparente se dessine une interrogation plus profonde sur le langage, l’époque, et la sensation d’être peu à peu décalé. Le morceau avance avec souplesse, mais il pose des questions frontales sur la place de l’artiste face au temps qui passe.

Après une première collaboration avec Yann Tiersen en 2006 pour « 13m2 », puis « Le son de l’hallali » en 2011, David Delabrosse s’est imposé comme un artisan des mots justes, attentif à l’intimité des relations humaines. Ce goût pour la précision se retrouve ici, mais dans un écrin plus pop, façonné avec Denis Piednoir lors des Rencontres d’Astaffort initiées par Francis Cabrel.

À l’écoute, une filiation avec la nouvelle scène du début des années 2000 s’impose, Kaolin en tête, avec même, par moments, un léger écho de Luke dans certaines phrases. Cette proximité ne relève pas de la copie, mais d’un climat. Le morceau est particulièrement doux et entraînant, avec un flow musical surprenant qui capte rapidement l’attention, et cette alliance entre énergie et mélancolie donne une couleur très singulière à l’ensemble.

La chanson parle des mots modernes, des mots qui claquent. Elle alterne un constat entre les avoir ou ne plus les avoir. À quel âge est-ce important de les posséder ? Avec le temps, on devient un écrivain en décalage avec la société. Elle avance sans nous, et l’on se retrouve à contre courant, sans accès à l’air du temps ni au langage des jeunes. Fatalité ou simple effet générationnel ? Faut-il se remettre en question, admettre que l’on n’est pas si bon finalement, courbé sur ces petits bouts de papiers à griffonner ? Et surtout, il en restera quoi ?

Ce qui frappe dans Les mots modernes, c’est la manière dont les émotions ne sont jamais exposées de façon brutale. Elles sont glissées dans des images concrètes, presque modestes. Les mots qui claquent deviennent des objets sonores, presque physiques, tandis que les petits bouts de papiers griffonnés incarnent une forme d’obstination fragile. La douceur musicale crée un contraste avec le doute exprimé, ce qui évite tout pathos.
L’idée d’être à contre courant n’est pas traitée comme une plainte, mais comme un constat lucide. La chanson ne cherche pas à rassurer. Elle met en tension le désir d’appartenir à l’époque et la conscience de ne plus en maîtriser les codes. Cette tension mène à une prise de conscience, qui semble plus structurelle que passagère. Ce n’est pas une crise d’humeur, c’est une fracture générationnelle assumée. Le morceau est particulièrement doux et entraînant, mais sous cette surface fluide se cache une mélancolie nette, presque mélancolique et festive à la fois, comme si l’élan rythmique masquait une inquiétude plus profonde.

La singularité du morceau réside dans cette oscillation permanente entre constat et remise en question. Les mots modernes ne sont pas seulement un thème, ils deviennent un miroir. Les avoir ou ne plus les avoir structure tout le récit. À quel moment cesse-t-on d’être en phase ? La chanson suggère que l’on doit se remettre en question, reconnaître que l’on n’est pas si bon finalement, et accepter que la société avance sans nous. Cette reconnaissance n’est ni dramatique ni théâtrale. Elle s’installe avec calme.
La révélation n’est pas présentée comme irrémédiable au sens tragique, mais comme une étape. L’artiste observe le champ d’action qui se rétrécit, notamment à l’aune d’une cinquantaine révolue, et transforme ce rétrécissement en matière créative. Le doute devient moteur. Ce positionnement donne au morceau une portée qui dépasse le simple effet générationnel. Il y a là une prise de conscience durable, presque irréversible, mais qui n’empêche pas le mouvement. Au contraire, c’est en acceptant ce décalage que la chanson trouve sa force et sa modernité réelle.


Disponible sur spotify


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