Thomas Simon Saddier – Les Insomnies tokyoïtes


Déambulation nocturne entre Tokyo imaginaire et vertiges intérieurs, Les Insomnies tokyoïtes transforme l’errance en matière sensible. Thomas Simon Saddier y invite à prendre du recul, accepter les émotions, et regarder la vie comme une suite de possibles jamais totalement saisis.

Avec Les Insomnies tokyoïtes, Thomas Simon Saddier propose une chanson qui ne cherche ni la résolution immédiate ni la consolation facile. Elle s’installe dans l’entre-deux, là où l’émotion n’est pas encore comprise, mais déjà acceptée. Le morceau avance par touches sensibles, laissant l’auditeur face à ses propres projections, ses hésitations, ses silences intérieurs, sans jamais forcer une lecture unique.

Né en 1989, Thomas Simon Saddier développe depuis plusieurs années une œuvre traversée par la porosité des cultures et des formes. Formé au conservatoire d’Annecy, puis à Genève et Lyon, nourri de jazz, de musique indienne et de pop psychédélique, il construit un langage musical où la douceur apparente masque une grande densité émotionnelle. Cette singularité se ressent pleinement dans Les Insomnies tokyoïtes, où affleure une impression de mélancolie proche de celle de Saez période Débbie, mêlée à un phrasé évoquant Pierre Guimard. L’ambiance est intense, teintée par un vécu qui transpire sur chaque note, sans emphase inutile. Tout semble pensé comme une image cinématographique, mais aussi comme une matière vivante destinée à la scène, où l’émotion peut circuler librement, sans filtre.

La chanson traverse des insomnies à Tokyo, mais cette ville devient surtout un espace mental. Les paroles évoquent des vols et des navires que l’on ne prendra pas, des vies imaginées, des trajectoires possibles laissées en suspens. Il est question de se demander si l’on est là pour ce que l’on est vraiment, ou simplement par hasard. La mélancolie n’est jamais pesante, elle flotte, diffuse, nourrie par des rêveries qui dérivent entre le tangible et l’abstrait. Des silhouettes apparaissent, disparaissent, recherchées partout comme des fantômes persistants, symboles de liens manqués ou d’absences qui continuent de hanter l’esprit.

Ce qui frappe dans Les Insomnies tokyoïtes, c’est la manière dont l’émotion est traitée comme un état transitoire plutôt qu’un message figé. La chanson appelle à prendre du recul non pas en s’extrayant des sentiments, mais en les laissant exister pleinement. Les images choisies, insomnies urbaines, transports fantasmés, figures croisées puis perdues, traduisent une conscience aiguë de l’instabilité intérieure. L’émotion ne mène pas ici à une révélation spectaculaire, mais à une prise de conscience douce, presque imperceptible. Cette lucidité reste fragile, temporaire, conditionnée au contexte nocturne et à l’errance mentale qu’il autorise. L’ambiance intense, chargée de vécu, donne le sentiment que chaque note porte une mémoire, un poids intime. La proximité avec la mélancolie de Saez et le phrasé de Pierre Guimard n’est pas un mimétisme, mais un écho sensible, une filiation émotionnelle assumée qui renforce l’authenticité du propos.

La force du morceau réside dans son refus de trancher. Les émotions ne sont ni résolues ni dépassées, elles sont acceptées comme partie intégrante du chemin. Cette approche confère à la chanson une dimension profondément humaine, où l’on se perd à rêver de tout et de rien, sans chercher à hiérarchiser ces élans. La prise de conscience qui en découle n’est jamais définitive, elle peut s’effacer au matin, laissant place à d’autres doutes. C’est précisément cette impermanence qui rend Les Insomnies tokyoïtes singulière. Le projet se vit comme un film intérieur, mais aussi comme une expérience scénique potentielle, où l’intensité émotionnelle pourrait se réactiver différemment à chaque écoute. En assumant cette mélancolie habitée et ce regard lucide sur les illusions, Thomas Simon Saddier signe une chanson qui n’explique pas les sentiments, mais les laisse respirer, dans toute leur complexité.


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