Film d’animation porté par une énergie frontale et une ambition populaire assumée, GOAT – Rêver plus haut s’inscrit dans la continuité du renouveau du cinéma d’animation grand public. Derrière son apparente légèreté, le film interroge la place des outsiders dans un monde construit pour les dominants, en utilisant le sport comme terrain d’expression universel.
Will est un jeune bouc, petit par la taille, mais immense par l’envie. Dans un monde animal régi par la puissance, la vitesse et la férocité, il décroche une opportunité rare, intégrer la ligue professionnelle de roarball, un sport mixte, brutal et spectaculaire, réservé aux prédateurs et aux corps dominants. Son arrivée dans l’équipe ne provoque ni enthousiasme ni solidarité, car sa simple présence remet en cause une hiérarchie bien installée. Will devient alors plus qu’un joueur, il incarne une anomalie, un grain de sable dans une mécanique huilée. Refusant la posture victimaire, il avance avec une détermination calme, conscient que le regard des autres ne changera pas sans une démonstration sur le terrain. Ce personnage fonctionne comme un miroir pour tous ceux que le système juge trop faibles, trop petits ou hors normes.

Un film sur le sport, et bien plus
Sous ses allures de divertissement familial, GOAT – Rêver plus haut dépasse rapidement le simple récit sportif. Le film reprend volontairement les codes de la publicité, avec un montage nerveux, des ralentis appuyés, des angles spectaculaires, et une mise en scène qui transforme chaque match en événement total. Le roarball n’est jamais filmé comme un simple jeu, le terrain devient un champ de guerre miné, évoluant au gré de l’action, des chocs et des retournements de situation. Chaque déplacement, chaque passe, chaque impact est chargé d’une tension quasi militaire, où la moindre erreur peut faire basculer l’équilibre collectif.
Mais cette approche visuelle sert un propos plus large. Le sport est ici un langage social, un lieu où se cristallisent les rapports de force, l’exclusion, la peur de perdre sa place, et la difficulté d’accepter l’autre. Le film observe comment un groupe se protège en rejetant ce qui le fragilise symboliquement. Will ne dérange pas par son manque de talent, mais par ce qu’il représente, la preuve vivante que les règles ne sont pas immuables. La narration joue habilement sur cette opposition entre performance attendue et potentiel invisible, rappelant que la valeur d’un individu ne se mesure pas uniquement à ce qu’il montre immédiatement.
Cette lecture fonctionne à plusieurs niveaux. Les plus jeunes y verront un récit d’apprentissage clair, accessible, rythmé par l’action et l’humour. Les amoureux de basket reconnaîtront les références, l’intensité collective, la dramaturgie propre aux sports d’équipe, et cette idée que le jeu dépasse toujours l’individu. Quant aux amateurs d’animation, ils trouveront un film généreux, pensé pour le plaisir visuel et l’efficacité narrative, sans jamais perdre de vue son public. GOAT – Rêver plus haut assume pleinement son statut de film fédérateur, conçu pour passer un bon moment, tout en glissant une réflexion sur la place de chacun dans un système compétitif.

Le roarball est un sport fictif imaginé pour GOAT – Rêver plus haut, inspiré du basket-ball, mais poussé vers une intensité extrême. Comme le basket, il repose sur le jeu collectif, la vitesse, la circulation de balle et le marquage de points. La différence majeure tient à sa brutalité assumée. Les contacts sont constants, l’impact physique fait partie intégrante de la stratégie, et le terrain devient une zone de confrontation permanente. Là où le basket valorise l’agilité et la précision, le roarball ajoute une dimension quasi guerrière, où la survie dans le jeu compte autant que la performance technique.
Un film d’animation dans la lignée du dernier Spider-Man
Impossible de ne pas rapprocher GOAT – Rêver plus haut du travail récent du studio sur Spider-Man: Across the Spider-Verse. Le film adopte une animation dynamique, fragmentée, où le mouvement prime sur la recherche d’un réalisme classique. Les textures, les couleurs et les effets visuels participent à une sensation de vitesse permanente, renforçant l’idée d’un monde en constante pression. L’animation épouse les émotions des personnages, se tend dans les moments de conflit, se libère dans les phases de dépassement.
Cette filiation n’est pas qu’esthétique. On retrouve la même volonté de parler à plusieurs générations, en proposant un récit lisible pour les plus jeunes, mais suffisamment riche pour que les adultes y trouvent une lecture sociale et émotionnelle. Le film confirme ainsi une orientation claire du studio, celle d’une animation moderne, consciente de son époque, capable de divertir sans infantiliser. GOAT – Rêver plus haut s’inscrit dans cette lignée avec cohérence, et confirme que l’animation grand public peut encore surprendre, émouvoir, et faire réfléchir, sans jamais renoncer au spectacle.
Petit coup de cœur pour le générique de fin de Jelly Roll I’m Good ! C’est frais et entrainant !
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11 février 2026 en salle | 1h 40min | Action, Animation, Comédie
De Tyree Dillihay, Adam Rosette |
Par Aaron Buchsbaum, Teddy Riley
Avec Caleb McLaughlin, Gabrielle Union, Jenifer Lewis
Titre original GOAT
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