Rxth – Beauty in the Spaces


Une chanson en clair-obscur sur l’acceptation de soi et l’impermanence. Rxth transforme l’incertitude en matière poétique, avec des images sensibles et troublantes.

Beauty in the Spaces est une chanson méditative où chaque silence devient matière à réflexion. La voix, douce et désarmante, épouse des sonorités presque liquides, comme si le morceau s’écoulait dans un monde parallèle. Ce n’est pas une ballade, ni un manifeste, mais un moment suspendu. On y entre comme dans une pièce inconnue, éclairée par la lumière filtrée d’un vitrail ancien. La chanson invite à poser les armes, à regarder le changement non comme une perte, mais comme un terrain fécond.

Rxth est une autrice-compositrice britannique qui trace un chemin singulier, entre introspection et énergie vibratoire. Ses influences sont à chercher du côté de la spiritualité contemporaine, notamment les méditations de Joe Dispenza, et de cette génération d’artistes qui abordent les émotions comme des terrains d’exploration sensorielle et sociale. Elle écrit pour ceux qui se sentent « trop », ceux chez qui la perception du monde est amplifiée. Dans Beauty in the Spaces, la production crée une atmosphère presque organique : on croit entendre de l’eau couler dans un monde souterrain, comme si la chanson elle-même respirait. La voix, entre deux décennies, résonne avec une intemporalité qui évoque à la fois 2002 et 2025. Loin des canons folk ou rock, le morceau trouve pourtant une cohérence séduisante dans sa fragilité même.

La chanson aborde la relation entre le monde intérieur et l’environnement extérieur, dans un moment de transformation radicale. Elle évoque cette phase intermédiaire où tout semble flou, mais où les anciennes attaches commencent à se délier. Les paroles ne fuient pas l’inconfort, elles le traversent. Le regret, la perte, l’envie de revenir en arrière y sont nommés sans honte, comme des compagnons de route. Ce qui rend le propos singulier, c’est qu’il ne s’agit pas d’un dépassement héroïque, mais d’une cohabitation lucide avec l’instabilité. L’artiste ne cherche pas à expliquer, elle expose des sensations brutes, un état d’âme en mutation. L’acceptation y devient un acte de résistance douce, presque silencieuse.

Ce qui frappe, c’est la manière dont Rxth évite toute dramatisation. Elle ne crie pas, ne s’effondre pas. Elle laisse résonner les espaces vides, comme pour mieux révéler ce qu’ils contiennent. L’image du passé qui tombe en morceaux, du vide entre deux chutes, ou encore du moment où l’on ne sait pas quoi faire, sont autant de tableaux mentaux qui dessinent une cartographie sensible du changement. Le choix de parler de beauté dans ces interstices-là est audacieux. Il ne s’agit pas ici d’illumination ou de miracle, mais d’une promesse contenue dans l’instabilité. Ce qui pourrait être une chanson triste devient un miroir tendu au cœur de l’auditeur. La voix, à la fois proche et distante, renforce cette impression d’intemporalité, en flottant quelque part entre les sons organiques et les silences. L’ensemble sonore, semblable à une matière liquide, renforce cette idée de flux émotionnel. Ce traitement rend la chanson à la fois mélancolique et apaisante, comme si l’on acceptait enfin de ne pas tout contrôler.

Le mouvement émotionnel dans Beauty in the Spaces ne conduit ni à un effondrement, ni à une guérison spectaculaire. Il s’agit d’une prise de conscience diffuse, irréversible, mais douce. L’auditeur sort changé, sans pouvoir dire pourquoi. Le fait de pouvoir être « nouveau » n’est pas présenté comme une rédemption, mais comme une possibilité discrète, presque anodine. La chanson se glisse dans un entre-deux, entre perte et renaissance. On aime ce choix de ne pas trancher, de ne pas offrir de conclusion nette. Le fait d’embrasser cette idée que vouloir revenir en arrière, c’est comme se battre contre la pluie, confère au morceau une puissance poétique rare. La promesse de renouveau n’est pas criée, elle est suggérée dans la matière même du son, dans cette production qui donne l’impression d’un monde aquatique en train de s’éveiller. En cela, Rxth parvient à toucher un nerf sensible : celui des promesses qu’on ne peut pas tenir, mais qu’on fait quand même, pour rester debout.

Notre autre coup de cœur


Une production explosive, entre aérienne et minérale, qui épouse chaque faille émotionnelle sans jamais forcer l’impact. Hard to be Human traverse la nuit obscure de l’âme avec une intensité brute. RXTH explore l’ombre non pour s’y perdre, mais pour y trouver un sens. On sombre dans cette mélancolie.

Dans ce titre, la voix semble surgir d’une nuit intérieure, comme un murmure assiégé par une pulsation sourde, battement obstiné qui évoque autant le cœur que l’écho d’un autre. Cette pulsation devient l’alter ego sonore de la chanteuse, présence invisible qui rappelle que l’on n’est jamais seul face à ses failles, mais jamais totalement compris non plus. La chanson explore cette tension, cet écart entre le soi profond et le regard de l’autre, entre le besoin d’unité et l’irréductible singularité de chacun. Il ne s’agit pas de trancher entre l’ombre et la lumière, mais de reconnaître qu’elles coexistent dans chaque être. Cette voix, presque spectrale, navigue entre le fragile et le viscéral, et donne corps à cette phrase silencieuse : c’est dur d’être humain.


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