Artificial Animals Riding on Neverland, un premier album qui n’a pas demandé la permission


Le 29 janvier marque l’anniversaire de Artificial Animals Riding on Neverland, premier album du duo parisien AaRON. Un disque né loin des stratégies, construit à contre-courant, porté par une émotion brute et une liberté artistique rare dans le paysage musical français des années 2000.



Une trajectoire peu ordinaire, des refus des majors comme tant d’autres

L’histoire de ce premier album ressemble à celle de nombreux groupes devenus références après avoir essuyé une série de refus polis, parfois condescendants. Avant d’exister aux yeux du grand public, le duo se heurte aux maisons de disques, qui demandent de raccourcir les morceaux, de lisser les aspérités, ou de renoncer à l’anglais. Une logique industrielle classique, déjà vécue par des groupes comme Linkin Park, recalés avant de redéfinir leur époque.

Plutôt que de céder, AaRON choisit l’indépendance. Les titres sont mis en ligne, partagés sur MySpace et iTunes, sans plan marketing sophistiqué. Cette diffusion presque artisanale permet à la musique de circuler librement, sans filtre. Le groupe ne cherche pas à plaire, il cherche à être juste. Cette position explique sans doute la singularité de l’album, pensé comme un ensemble cohérent, nocturne, introspectif, loin des formats calibrés pour la radio.

Le succès arrive par un chemin détourné, grâce au cinéma. U-Turn (Lili) trouve une place centrale dans le film Je vais bien, ne t’en fais pas. Le morceau devient un vecteur émotionnel puissant, au point de redéfinir la perception du groupe. En quelques semaines, le titre grimpe en tête des téléchargements, et les mêmes labels qui doutaient frappent à la porte. La trajectoire reste pourtant inchangée, guidée par une méfiance saine envers les recettes toutes faites.


Une complicité, une histoire de rencontre

À l’origine du projet, il y a une rencontre presque banale, facilitée par une amie commune. Simon Buret arrive avec des textes, Olivier Coursier avec un piano et un home studio. Dès la première session, Endless Song voit le jour, comme une évidence. La complicité artistique s’installe sans discours théorique, par le travail et l’écoute mutuelle.

En parallèle, le cinéma s’invite discrètement dans l’équation. Simon Buret, alors comédien, obtient un petit rôle dans le film Je vais bien, ne t’en fais pas, grâce à Mélanie Laurent, amie proche, qui l’encourage à passer l’audition. Sur le tournage, il fait écouter U-Turn (Lili) à l’actrice, qui la transmet au réalisateur Philippe Lioret. Séduit, celui-ci décide non seulement d’intégrer le morceau au film, mais aussi de lui donner une place centrale dans le récit, jusqu’à rebaptiser un personnage en écho à la chanson.

Les deux artistes partagent une formation classique, un goût pour les ambiances et une attention particulière à la texture sonore. Les morceaux prennent forme la nuit, moment propice à l’introspection, où la frontière entre réel et imaginaire devient poreuse. Le processus est méthodique, presque artisanal, piano, rythmique, voix, puis arrangements. Rien n’est laissé au hasard, pourtant tout semble fragile, à fleur de peau.

Cette relation de confiance permet au duo de traverser les périodes de doute. Les carrières parallèles, le cinéma pour l’un, les tournées rock pour l’autre, ralentissent parfois le projet, sans jamais l’éteindre. L’album se construit sur la durée, dans une bulle protectrice, loin de toute pression extérieure. Cette temporalité longue donne au disque une cohérence rare, comme un journal intime mis en musique.

L’émotion, vecteur plus puissant que le marketing

Ce qui frappe à l’écoute de Artificial Animals Riding on Neverland, c’est l’absence de cynisme. L’émotion n’est pas un argument de vente, elle est la matière première. Les chansons ne cherchent pas à provoquer une réaction immédiate, elles s’installent lentement, laissant à chacun la liberté de projeter sa propre histoire.

Souvent qualifié de mélancolique, l’album est pourtant traversé par une énergie positive, discrète, presque lumineuse. Les textes parlent d’errance, de solitude, de désir de lien, sans jamais sombrer dans le pathos. Cette retenue explique sans doute la longévité du disque, qui continue de résonner bien au-delà de son contexte de sortie.

Le succès de U-Turn (Lili) aurait pu enfermer le groupe dans une image trop sucrée. Il n’en est rien. En concert, le morceau trouve naturellement sa place parmi les autres, sans écraser l’ensemble. Le public découvre alors un univers plus vaste, nourri d’influences multiples, de la chanson à l’électronique, en passant par une certaine idée du rock atmosphérique. Ici, l’émotion ne se calcule pas, elle circule, simplement.


Quelques infos de plus à savoir !

Ce premier album cache encore de nombreuses facettes souvent peu exploitées. La dimension visuelle, l’importance de la nuit comme espace de création, le rapport au rêve revendiqué jusque dans le nom du groupe, ou encore l’influence du cinéma sur l’écriture musicale, mériteraient à eux seuls un développement entier.

Artificial Animals Riding on Neverland reste avant tout le témoignage d’un moment suspendu, celui où deux artistes ont choisi de suivre leur intuition plutôt que les injonctions. Un disque anniversaire, certes, mais surtout une œuvre fondatrice, dont l’écho continue de se faire entendre, bien après les modes et les algorithmes.


La conception de Artificial Animals Riding on Neverland repose sur un geste artisanal assumé, puisque l’intégralité de l’album est produite chez Olivier Coursier, dans son home studio, loin de toute structure industrielle. Chaque morceau naît d’abord au piano, socle harmonique commun aux deux musiciens issus d’une formation classique, avant l’ajout de rythmiques programmées à l’ordinateur, puis de la voix, les arrangements venant en dernier, comme un travail de ciselage plus que de démonstration.

Cet équilibre entre machines et instruments s’inscrit dans un héritage revendiqué, où se croisent Archive, Portishead et Massive Attack, mais aussi Björk, Leonard Cohen, Radiohead, Dizzee Rascal, Debussy ou Antony & The Johnsons, avec une place particulière accordée au premier album de Portishead, déterminant dans le parcours artistique d’Olivier. Le nom du groupe lui-même condense cette vision, AaRON étant l’acronyme de Artificial Animals Riding On Neverland, une profession de foi onirique tournée vers l’imaginaire, renforcée par la référence à Jean-Michel Basquiat, dont l’inscription du mot Aaron dans plusieurs toiles et le rapport viscéral à la ville résonnent avec l’univers du duo.

En parallèle, les trajectoires individuelles continuent d’alimenter le projet, Olivier Coursier poursuivant jusqu’en 2007 son aventure comme guitariste de Mass Hysteria, tandis que le titre Little Love trouve une première reconnaissance au cinéma dans Dans tes rêves, avant que Mister K ne rejoigne la bande originale de Je vais bien, ne t’en fais pas. À sa sortie, l’album suscite des lectures contrastées, souvent qualifié de mélancolique, alors que le duo revendique au contraire une énergie tournée vers le positif, refusant toute complaisance glauque. Cette ambiguïté se cristallise autour de U-Turn (Lili), plébiscitée par beaucoup, jugée trop sucrée par d’autres, sans jamais occulter la cohérence de l’ensemble. Sur scène enfin, le projet prend une autre dimension, Simon Buret gagnant en liberté entre le printemps et l’été, nourrissant son interprétation de son expérience de comédien, avec des dates marquantes comme le Paléo, coincé entre Arcade Fire et Björk, les théâtres antiques de Vienne et de Nîmes, ou encore le passage à L’Olympia, vécu comme un lieu hautement symbolique, chargé d’histoire et de projections intimes.

L’album est encore en vente ! Et même, dans des jolies éditions


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