Une berceuse réinventée pour parler à l’âme. Codhlaím go Suan de Peadar Connolly nous invite à faire la paix avec nos émotions en leur offrant un écrin de douceur et de lenteur.
Dans Codhlaím go Suan, Peadar Connolly opère une mue discrète mais puissante d’une berceuse irlandaise en une chanson-folk néo-traditionnelle empreinte de recueillement. Ce chant de paix intérieure agit comme un baume, loin de tout pathos appuyé, en embrassant la douleur, le deuil ou l’acceptation dans un mouvement lent, suspendu, presque méditatif. Derrière cette simplicité apparente, une exploration des émotions intimes se tisse, pleine de retenue et de clarté.
Peadar Connolly s’inscrit dans une démarche résolument sensible, ancrée dans les traditions musicales celtiques mais ouverte à un dialogue mondial. Éthnomusicologue de formation, il croise les folklores balkaniques, japonais ou irlandais avec une attention quasi thérapeutique à la texture sonore. Ses chansons, toujours guidées par la voix et l’autoharpe, laissent place au silence, aux respirations, aux non-dits. Codhlaím go Suan, premier single officiel de son répertoire solo, marque une volonté claire de renouer avec la mémoire collective par le biais d’une émotion incarnée. En reprenant une berceuse popularisée par Anúna, il transforme ce chant de sommeil en un moment de communion introspective, à la fois très personnel et universel, où l’auditeur est invité à déposer le poids du monde.
Une berceuse comme terrain d’éveil émotionnel
Dans cette version de Codhlaím go Suan, tout est conçu pour favoriser une écoute tournée vers l’intérieur. Plutôt que d’imposer une émotion, Peadar Connolly épouse la logique de la berceuse en l’utilisant comme un rituel de lâcher-prise. Les paroles, tout en retenue, glissent de l’appel à la présence divine vers la mémoire de l’enfance, et même jusqu’au seuil de la mort, sans jamais verser dans l’évident. Ce cheminement épouse la courbe d’un cycle humain complet, révélant comment une même prière peut résonner à toutes les étapes de l’existence. L’originalité du traitement réside dans l’absolue humilité du ton, et dans le choix de ne pas expliquer, de ne rien souligner. C’est l’espace laissé aux silences, à l’écoute de soi, qui permet à l’émotion d’émerger. Ici, l’émotion n’est pas le but, mais la condition d’un passage : non pas une catharsis, mais une reconnexion, douce et irréversible.
Des images simples, une portée universelle
Les images choisies par Peadar Connolly sont d’une pureté désarmante : la mer, le vent, la nuit. Rien d’appuyé, aucun mot de trop. Ce dépouillement volontaire permet à chaque image d’atteindre une portée symbolique. Le vent devient souffle vital ou dernier soupir. L’enfant devient celui qu’on fut, celui qu’on berce ou celui qu’on perd. La nuit devient le refuge ou l’épreuve. En exploitant ces figures archétypales, l’artiste touche à quelque chose de profondément humain : cette sensation que la douceur peut être un geste de résistance face au tumulte. Ce n’est pas une révélation explosive que propose cette chanson, mais une prise de conscience lente, ancrée. L’émotion s’impose en douceur et, une fois admise, transforme durablement le rapport au monde. Elle ne console pas, elle offre un lieu où se poser.
Un lien avec le passé et le vrai
Le choix de chanter en gaélique ne relève pas d’un simple hommage ou d’un geste esthétique. Chez Peadar Connolly, il s’agit d’un ancrage. La langue devient vecteur d’authenticité, de mémoire collective, mais aussi d’intimité. Elle recrée un lien direct avec les racines profondes de la berceuse, tout en instaurant une distance poétique qui force l’écoute. Ce que l’on ne comprend pas entièrement devient plus grand, presque sacré. Le gaélique, langue souvent marginalisée dans l’espace public, retrouve ici sa fonction première : celle de transmettre les émotions essentielles, celles qu’on ne sait plus nommer. En ne cédant pas à l’anglais, Peadar choisit la fidélité au geste initial, mais aussi la fragilité d’une parole fragile et vraie. Le chant devient alors un territoire intérieur, où la langue du passé éclaire ce que le présent a oublié.
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