Avec Les Légendaires, Guillaume Ivernel signe une aventure fantasy ambitieuse et fédératrice, pensée comme une porte d’entrée idéale vers un univers culte de la BD jeunesse. Un film familial, généreux, qui assume l’épique, l’émotion et le plaisir du récit collectif.
Autrefois héros adulés, Danaël, Jadina, Gryf, Shimy et Razzia sont frappés par une terrible malédiction : les voilà redevenus des enfants de dix ans. Désormais piégés dans une enfance éternelle, ils doivent pourtant se reformer pour affronter Darkhell, une menace qui plane sur l’équilibre même de leur monde. Le film choisit de réintroduire ces figures emblématiques sous un angle plus fragile, plus humain aussi. Danaël n’est plus un chef conquérant mais un héros réticent, presque désabusé, tandis que Razzia gagne en profondeur morale, devenant objecteur de conscience. Shimy et Jadina, elles, incarnent une sensibilité et une force intérieure qui structurent le groupe. Cette relecture des personnages, voulue dès l’écriture, permet d’installer de véritables trajectoires émotionnelles et de donner à l’aventure une densité rarement vue dans une adaptation jeunesse.
Une histoire fantastique adaptée d’une série en BD
Créée par Patrick Sobral, la saga Les Légendaires est ici adaptée au cinéma avec l’implication directe de son auteur, associé au travail d’écriture et à la réinterprétation de son univers, sans pour autant en assurer la réalisation ni la mise en scène. Le film s’inscrit dans une logique de collaboration, où l’essence de la BD est respecté, tout en laissant une liberté créative assumée à l’équipe du long métrage.
Plutôt qu’une transposition littérale, Les Légendaires fait le choix assumé du reboot. Le film s’inspire des bases de la bande dessinée, tout en proposant une intrigue inédite, pensée pour le cinéma et pour un public élargi. Cette approche permet de respecter l’âme de la série tout en s’autorisant des variations narratives et thématiques. La fantasy y côtoie le steampunk, le mystique et l’aventure pure, dans un univers visuel riche et cohérent. Le récit intègre aussi des sujets plus contemporains comme l’écologie ou la montée des régimes autoritaires, sans jamais alourdir le propos. Cette liberté d’adaptation donne au film une vraie identité, distincte de la BD, mais profondément fidèle à son ADN.
Ce que le film ajoute véritablement, et qui n’existe pas sous cette forme dans les BD, c’est une réécriture plus politique et symbolique de l’univers. La figure d’Ibycellia, personnage arbre, devient un vecteur clair d’un discours écologique structurant, là où la BD restait plus diffuse sur ces enjeux. Darkhell est également redéfini comme une menace idéologique, avec une dimension autoritaire et fascisante bien plus marquée, pensée pour résonner avec le monde contemporain. Le choix de faire de Danaël un héros réfractaire, presque désengagé au départ, apporte une trajectoire morale inédite, absente des albums. Le film introduit aussi une dynamique de groupe contrainte, où les Légendaires se reforment malgré eux, renforçant la notion de solidarité forcée face au danger. Enfin, l’origine du monde et la séquence d’ouverture en 2D créent un pont visuel et narratif inédit entre la BD et le cinéma, affirmant une ambition de mythologie fondatrice propre au film.

Les points clés à connaître et pourquoi ce film nous a séduit
Ce qui frappe d’abord, ce sont les paysages, somptueux, et la musique originale de Cécile Corbel et Simon Caby, tout simplement splendide, qui enveloppe le récit d’une aura onirique et épique. Le film connaît un léger coup de mou en son milieu, mais il retrouve vite une dynamique sincère et généreuse. On sent une vraie volonté de cinéma, tant dans la mise en scène que dans le soin apporté aux décors et aux personnages. Les Légendaires donne surtout envie de replonger dans les BD, preuve que l’adaptation fonctionne. Au-delà du spectacle, c’est une épopée qui parle d’amitié, de solidarité et de reconstruction collective, des valeurs simples mais essentielles, portées avec honnêteté et conviction. Un film imparfait mais profondément attachant, qui assume son ambition et son cœur.
Notre avis en quelques mots
Les paysages sont somptueux et la musique originale est splendide. Il y a un coup de mou vers le milieu, mais dans l’ensemble on aime la dynamique, le film donne envie de relire les Bd. Une épopée qui marche avec une belle leçon sur l’amitié et solidarité au sein d’un groupe !
Le saviez-vous ?
L’équipe créative avait donné des pistes sur l’adaptation en film. Beaucoup de choix finalement ont été abandonnés. On peut citer la dimension de montée du fascisme, annoncée comme un axe fort du film, qui reste finalement peu lisible à l’écran. L’idée était de faire de Darkhell une figure idéologique, presque politique, pensée comme un écho contemporain.Dans le film, cette intention existe bien, mais surtout en sous-texte. Elle n’est jamais clairement verbalisée ni structurée comme un véritable discours compréhensible pour le jeune public. La menace reste avant tout narrative et symbolique, moins idéologique que ce que l’on pouvait attendre
De la même manière, l’ambition de proposer un film capable de réellement faire peur aux enfants se trouve atténuée. La peur est présente par moments, suggérée, mais rarement dérangeante ou marquante. Le film choisit de rester largement rassurant, là où une prise de risque émotionnelle plus franche était envisagée.
La portée écologique, présentée comme un thème structurant via le personnage d’Ibycellia, est bien intégrée au récit, mais elle reste secondaire. Le message est là, sans devenir le cœur du conflit. La complexité morale annoncée pour certains personnages, notamment Razzia et les dilemmes internes du groupe, existe, mais elle est souvent survolée au profit du rythme et de l’action. Enfin, l’idée d’un film pensé comme le début d’une saga se ressent peu, l’histoire se refermant de manière relativement autonome, sans ouverture narrative forte vers une suite immédiate. Quant à l’influence revendiquée de l’animation japonaise, elle est perceptible dans l’intention, mais le rendu final demeure très occidental, lisible et cadré, moins audacieux formellement que ce que cela pouvait laisser espérer.

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28 janvier 2026 en salle | 1h 32min | Animation, Aventure, Fantastique
De Guillaume Ivernel |
Par Antoine Schoumsky
Avec Roman Doduik, Esthèle Dumand, Elise Tilloloy
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