Elias Rønnenfelt – Live at Musikhuset


Avec Live at Musikhuset, Elias Rønnenfelt livre une session intense qui explore l’acceptation des émotions par une mise à nu brutale, presque sacrée. Loin de tout vernis, il assume la douleur, l’amour, le doute, et en fait un espace de révélation.


Dans cette session enregistrée au SPOT Festival par l’équipe danoise Tapetown, Elias Rønnenfelt déploie une série de morceaux où la parole devient matière vivante. Ce live immersif, capté dans l’un des plus grands auditoriums du pays, invite à ressentir les émotions sans filtre, dans une mise en scène épurée qui souligne la tension entre fragilité et force brute. Ici, il ne s’agit pas seulement de performance musicale, mais d’un travail d’exposition intérieure.


Elias Rønnenfelt s’est d’abord imposé comme chanteur du groupe alternatif Iceage, reconnu pour son énergie brute et son écriture sombre. En solo, il explore une voie plus intime, où la fragilité devient une arme poétique. Son premier album Heavy Glory, puis le second Speak Daggers, témoignent d’un virage introspectif, où les sons rugueux côtoient des ambiances plus dépouillées. La collaboration avec Dean Blunt, producteur londonien à l’univers déstructuré et mystérieux, révèle un goût pour l’expérimentation et les contrastes émotionnels. Dans cette session live, il reprend d’ailleurs 5, un morceau issu de cette collaboration, ainsi qu’un titre de Marching Church, autre projet plus expansif et narratif. On comprend alors qu’il ne s’agit pas pour lui de simplement chanter, mais de vivre une parole, de la faire exister dans un présent tendu, théâtral et vibrant.

Dans Live at Musikhuset, chaque chanson semble pensée comme un espace de mise à nu. L’artiste ne cherche ni à apaiser, ni à consoler. Il donne à voir une émotion brute, inconfortable, mais profondément humaine. Ce refus de l’aseptisation s’exprime par des ruptures de rythme, une diction volontairement éraillée, des silences aussi lourds que des cris. L’originalité vient de cette façon qu’a Elias Rønnenfelt d’assumer l’instabilité comme point d’équilibre. Il n’y a pas de posture héroïque, seulement un homme sur scène qui tente de faire tenir ensemble le chaos de ses sensations. L’usage d’une captation live renforce cette impression de sincérité. En exposant ainsi ses failles, il propose au public une forme d’écho intérieur. La révélation ne vient pas d’une résolution, mais d’un état de tension pleinement assumé. Ce n’est pas une chanson qui soigne, c’est une chanson qui confronte et qui, par là même, libère.

Une parole d’images et de vertiges, en lutte contre le phénomène de l’IA sans émotion.

Ce qui frappe dans les morceaux interprétés lors de cette session, c’est la manière dont Elias Rønnenfelt construit un langage où les images évoquées ne cherchent pas à illustrer, mais à incarner une sensation. Le choix des expressions est singulier, presque rugueux. On ne raconte pas une histoire, on fait ressentir une spirale, une lutte, une chute ou une remontée à contre-courant. L’artiste ne parle jamais de ses émotions de manière frontale, mais les fait surgir par des détails concrets, des fragments visuels, des motifs sonores. Cela donne à ses paroles une densité particulière, comme si elles flottaient entre le rêve et la confession. Dans ce contexte, la prise de conscience qu’il propose au public n’est pas absolue, elle est mouvante, organique. Ce que l’on croit comprendre peut à tout moment nous échapper, et c’est précisément cela qui rend l’expérience aussi percutante. Les émotions ne sont pas là pour être nommées, mais traversées, dans une forme de clair-obscur sensible où l’auditeur devient le prolongement du chanteur.


Comme le dit si bien le chanteur, « This is a live session, which in these AI days are going to become more and more valuable to feel the artist. Tapetown has done an amazing job on this one to be honest. » Cette phrase résume parfaitement l’enjeu actuel des performances captées en direct : dans un monde où la technologie peut lisser, générer ou trahir l’émotion, il devient essentiel de revenir à des formats bruts, où chaque vibration de la voix, chaque regard ou imperfection redevient une preuve de vie. Tapetown, par sa méthode immersive et son exigence technique, parvient ici à restituer cette humanité vibrante, cette vérité scénique que rien ne peut imiter.


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