Avec Rubble In Rebel Out, Another Kingdom transforme une douleur universelle en appel brûlant à la lucidité, au recul et à l’acceptation de ce que les émotions révèlent sur la guerre et la mémoire collective.
La production est minutieuse et chaque détail est sublimé par une finesse dans le traitement ! Un hit sensoriel !
La chanson Rubble In Rebel Out frappe fort, non par la violence de son propos, mais par la lucidité implacable qui l’habite. Sous une apparente simplicité se cache une mécanique précise, presque chirurgicale, où chaque mot s’impose comme un point de rupture. Une œuvre qui ne crie pas, mais qui résonne longtemps.
Another Kingdom est le projet solo de Lucas Newhall, un auteur-compositeur américain originaire de Berkeley, connu pour son engagement aussi bien artistique que politique. Ancien avocat, aveugle ou malvoyant, il a fait le choix du retrait du monde juridique pour élever ses enfants et se consacrer à la musique, un acte autant intime que militant. Dans Rubble In Rebel Out, on perçoit une influence directe de la folk contestataire des années 60, mais aussi l’écho de figures comme Rage Against the Machine ou Gil Scott-Heron. Ce n’est pas un pamphlet crié, mais une dénonciation murmurée avec intensité. La production de Matt Anderson (Mill Sounds Studio) soutient cette tension émotionnelle, entre saturation maîtrisée et espace de respiration. L’inspiration vient autant de l’histoire personnelle de Lucas que d’un regard lucide sur l’héritage des conflits récents.
Parle des conséquences de la guerre, mais avec une poésie troublante !
Loin de se contenter d’un énième constat sur les conséquences de la guerre, Rubble In Rebel Out choisit un angle singulier : celui de la symétrie émotionnelle. Le refrain s’appuie sur une formule incantatoire, « rubble in, rebel out », qui agit comme un mantra, une équation morale où la violence nourrit mécaniquement la révolte. Lucas Newhall ose une écriture dépouillée, où les images ne sont pas là pour enjoliver, mais pour frapper, parfois jusqu’à l’insoutenable. L’évocation de scènes familières (l’enfance, la chute des tours, les jeux) se mêle à celles des champs de guerre et des ruines. Ce contraste crée une dissonance cognitive : ce sont nos souvenirs les plus intimes qui sont contaminés par les choix géopolitiques collectifs. L’originalité vient aussi de la façon dont les émotions ne sont jamais présentées comme des fins en soi, mais comme des symptômes. Elles ne demandent ni compassion immédiate ni justification, elles dévoilent l’absurdité d’un système qui s’autoalimente.
Lucas Newhall trouble par la finesse de ses images, qui mêlent l’horreur à la tendresse du quotidien. En évoquant les tours qui tombent, les enfants qui jouent ou les saisons qui passent, il tisse une poésie douce-amère. Cette juxtaposition crée un choc sensoriel : la guerre devient intime, presque familière. Loin d’un discours frontal, l’artiste glisse des visions symboliques qui déstabilisent, touchent au cœur, et révèlent la violence sous un prisme profondément humain.
Révélation ou fatalisme ? La chanson comme miroir
Dans la seconde moitié de la chanson, le ton se fait plus personnel, presque intime. Le doute s’installe : « I’m afraid we’ll never change ». Cette peur n’est pas une posture, mais un aveu d’épuisement lucide. Lucas Newhall ne cherche pas à donner une réponse, ni même à déclencher une prise de conscience immédiate. Il propose un miroir, un reflet de nos inerties émotionnelles. L’acceptation dont il est question ici n’est pas une résignation, mais une reconnaissance brutale : si l’on ne change pas l’entrée (violence, injustice, oubli), l’issue sera toujours la même (colère, chaos, vengeance). Cette révélation n’est pas définitive, elle est cyclique, comme les saisons ou les conflits. Ce n’est donc pas tant une conclusion qu’un appel à ralentir, observer et assumer ce que nos choix produisent. L’artiste n’accuse pas, il confronte. Et dans cette frontalité calme, se cache peut-être une des formes les plus puissantes de résistance émotionnelle.
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