Avec PRIMATE, Johannes Roberts signe un film de créature sec, brutal et resserré, où l’horreur naît d’un cadre familial intime, et d’un animal aimé devenu menace absolue.
Lucy revient à Hawaï après sa première année d’université pour retrouver sa famille et ses amies dans la maison isolée perchée sur une falaise. Autour d’elle, Erin sa sœur cadette, encore marquée par la mort de leur mère, Adam leur père, sourd, et Ben, le chimpanzé élevé comme un membre à part entière du foyer. Très vite, ce retour censé être apaisant se fissure. Ben adopte un comportement instable, puis agressif. Ce basculement progressif installe un malaise d’autant plus fort que le lien affectif est réel, profond, ancien. Lucy refuse d’y voir une menace, Erin s’accroche à ce repère affectif hérité de leur mère, Adam reste aveugle au danger qui s’installe. Les amies, Hannah et Kate, deviennent malgré elles des témoins piégés dans un huis clos où l’instinct animal va prendre le pas sur toute logique humaine.
La rage au cœur d’un récit d’action terrifique
Ce qui frappe dans PRIMATE, c’est la manière dont Johannes Roberts transforme une situation domestique crédible en machine de survie impitoyable. Le film ne repose jamais sur un concept abstrait ou surnaturel. La peur naît d’un constat simple, documenté, presque clinique : un chimpanzé adulte est une créature imprévisible, intelligente, puissante, capable de violence extrême. À partir de là, le récit épouse une montée en tension progressive, nourrie par la frustration, la méfiance et le déni des personnages.
La rage n’est pas immédiate. Elle s’infiltre. Ben observe, teste, isole, puis frappe. Roberts filme cette bascule comme une perte de contrôle interne, autant chez l’animal que chez les humains qui refusent d’admettre l’évidence. Le film devient alors un récit d’action terrifiant, où chaque tentative d’évasion se heurte à un nouvel échec. La piscine, lieu de détente, se transforme en piège aquatique. La maison, ouverte et lumineuse, devient une cage.

L’horreur est d’autant plus efficace qu’elle est toujours incarnée physiquement. Ben n’est pas un monstre symbolique, mais un corps en mouvement, un prédateur qui apprend, anticipe, traque. Le montage joue sur la frustration visuelle, alternant suggestion et surgissement, laissant au spectateur le temps d’anticiper le pire, parfois à tort, parfois avec une exactitude glaçante. Cette mécanique rappelle le cinéma de créature des années 80, où la peur venait autant de l’attente que de l’impact.
Sous cette violence frontale, PRIMATE parle aussi du deuil, de la culpabilité et de la difficulté à lâcher un être aimé devenu dangereux. La rage n’est pas gratuite, elle est tragique. Elle détruit ce qu’il reste d’un équilibre déjà fragile, et transforme chaque personnage en survivant potentiel, contraint d’agir contre ce qu’il aime.
Préparation physique et tournage en plateaux authentiques
Le réalisme de PRIMATE repose largement sur un choix radical de mise en scène : privilégier les effets pratiques et la présence physique sur le plateau. Johannes Roberts a voulu un film viscéral, ressenti dans les corps, et cela se traduit par un tournage exigeant pour l’ensemble du casting. Les actrices ont passé des heures dans l’eau, sans zone de repos, soumises au froid, à l’épuisement et à la répétition des prises. Cette fatigue réelle nourrit directement la tension à l’écran.

Le personnage de Ben est incarné en prises de vues réelles par Miguel Torres Umba, dans un costume conçu par Millennium FX. Ce choix impose une préparation physique intense, proche de la performance athlétique et du théâtre corporel. Chaque mouvement, chaque charge, chaque surgissement est chorégraphié, répété, exécuté sans filet numérique. Le décor principal, une maison inspirée d’une véritable demeure hawaïenne, a été partiellement reconstruite en studio afin de permettre une circulation fluide entre intérieur, piscine et falaises, renforçant la sensation d’enfermement.
Ce tournage en conditions réelles donne au film une texture organique rare aujourd’hui. Le danger semble palpable, immédiat, et cette authenticité se ressent dans chaque plan. PRIMATE assume pleinement son héritage old school, et prouve que la peur fonctionne mieux quand elle est ancrée dans la matière, la sueur et l’effort physique.
Pourquoi a-t-on aimé ce film ?
Le film est parfait dans sa durée, dans le jeu, dans la montée organique de la tension. On a une suggestion du pire et même des fausses pistes ! Pendant plusieurs séquences, la mise en scène nous permet d’anticiper la prochaine scène trash comme celle avec le morceau de verre suggérée à plusieurs reprises, et on nous la donne comme sur un plateau d’argent. Mais, celle avec le ventilateur de plafond n’arrivera jamais et pourtant elle est tellement suscitée !
Bref, la musique est bien choisie et crée presque une paternité avec Carpenter, qui lui-même a mise en avant des femmes fortes qui sont des survivantes et a iconisé ses actrices ! La nouvelle génération est prête : Jessica Alexander (Hannah), Johnny Sequoyah (Lucy), Gia Hunter (Erin), Victoria Wyant (Kate). Chacune donne énormément dans le jeu, les cascades réussies pour la majorité. On évite les effets spéciaux qui vieillissent mal et on produit du minimaliste mais chorégraphié à la perfection.

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21 janvier 2026 en salle | 1h 29min | Epouvante-horreur
De Johannes Roberts |
Par Johannes Roberts, Ernest Riera
Avec Johnny Sequoyah, Jessica Alexander, Victoria Wyant
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