Gourou – méfiez-vous de ceux qui veulent absolument vous aider à réparer vos failles.


Avec Gourou, Gourou s’empare d’un angle rarement traité au cinéma français : le coaching de vie comme symptôme d’une société en perte de repères. Yann Gozlan signe un thriller nerveux, porté par Pierre Niney, qui ausculte la fascination collective pour la performance et les discours salvateurs.

Matt, coach en développement personnel devenu idole nationale, électrise des foules en quête de sens. Derrière la promesse d’une réussite totale, le personnage incarné par Pierre Niney glisse vers une fuite en avant inquiétante. Inspiré d’archétypes puissants, de Magnolia à Le Loup de Wall Street, Matt n’est jamais caricatural. Il séduit, convainc, puis trouble. Le scénario, écrit par Jean-Baptiste Delafon, préfère l’ambiguïté au jugement frontal, laissant le spectateur éprouver lui-même l’attraction du verbe et du charisme.

@ Studio Canal

Un appel à la vigilance contre les dérives sectaires

Le cœur du film réside là. Gourou ne condamne pas le développement personnel dans son ensemble, mais montre comment certains coachs, dopés par les réseaux sociaux, peuvent basculer vers des mécanismes proches des dérives sectaires. Yann Gozlan filme les séminaires comme des messes modernes, électriques et cathartiques, où la parole devient performative. La mise en scène souligne la puissance hypnotique du discours, capable d’éveiller chez les foules un désir de dépassement qui frôle parfois la dépossession de soi. Le film rappelle, sans détour, qu’à force d’injonctions au bonheur, à la réussite et à l’optimisation permanente, on fabrique aussi de la vulnérabilité. Une réalité contemporaine, inconfortable, mais nécessaire à regarder en face.

Ce qui frappe, c’est la façon dont le film relie cette vulnérabilité à la notion de performance. Ici, la performance n’est pas seulement celle du public qui veut « réussir sa vie », c’est aussi celle du coach, obligé d’être brillant, infaillible, toujours plus fort, toujours plus inspirant, comme un athlète de la motivation. À ce jeu, le moindre doute devient un ennemi, et l’on comprend comment une parole qui aide peut, à force d’être répétée, scénarisée, monétisée, se transformer en outil d’emprise. Le récit insiste sur des signaux très concrets : la promesse de solutions simples à des problèmes complexes, la culpabilisation de ceux qui n’y arrivent pas, l’idée que « si ça ne marche pas, c’est que tu n’as pas assez essayé », et la confusion entretenue entre accompagnement et obéissance.

La vigilance demandée par le film tient aussi à l’économie de ce monde. Quand le salut se vend en paliers, quand l’accès à la « vérité » dépend d’un nouveau séminaire, d’un nouveau programme, d’un cercle plus fermé, le terrain devient glissant. La caméra capte cette mécanique d’escalade, où l’on paie pour rester dans la lumière, et où l’on s’isole peu à peu de ceux qui « ne comprennent pas ». Sans transformer tous les coachs en coupables, Gourou montre une zone grise : celle des gourous modernes, capables d’absorber les codes du marketing, du spectacle, et des réseaux sociaux, pour fabriquer un lien émotionnel qui ressemble à une addiction. L’électricité des foules n’est plus seulement un décor, elle devient un indicateur, on y lit l’ivresse collective, la sensation de renaissance, et aussi le risque de perdre son esprit critique.

Le film rappelle une évidence parfois oubliée : la fragilité n’a pas besoin d’être « réparée » en permanence. Vouloir aller mieux, c’est légitime, mais se croire obligé d’être heureux, performant, et victorieux tous les jours, c’est une prison. Là, la performance devient un dogme, et le dogme ouvre la porte aux dérives sectaires. Gourou n’accuse pas, il alerte, et c’est justement ce qui le rend utile.

Autour de Pierre Niney, le casting impressionne par sa justesse. Marion Barbeau apporte une fragilité précise, tandis que Anthony Bajon renforce la tension morale du récit. La présence de Holt McCallany, familier des univers sombres, ancre le film dans une dimension internationale crédible. Un ensemble solide, au service d’un thriller aussi dérangeant que lucide.


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