Sans pitié – un film de genre, mais qui boite à certains moments.


Film de fraternité blessée et de silences hérités, Sans Pitié s’impose d’abord par sa musique originale et sa photographie, véritables piliers émotionnels. Un western moderne sensible, solide dans sa forme, mais qui laisse l’impression d’un récit trop balisé pour pleinement surprendre.

Maria élève seule ses deux fils, Rayan et Dario, dans l’univers précaire d’une fête foraine où elle tient un stand de tir. Un jour, Dario disparaît, puis revient blessé et muré dans le silence. Vingt ans plus tard, à la mort de leur mère, les frères se retrouvent. Dario, qui avait fui ce monde dix ans plus tôt, est contraint d’y replonger. Le passé ressurgit à travers une rencontre qui ravive le traumatisme initial et place chacun face à un choix moral clair. Adam Bessa incarne un Dario mutique, intériorisé, presque spectral, tandis que Tewfik Jallab compose un Rayan plus massif, enraciné dans le territoire, rongé par la culpabilité. Autour d’eux gravitent Maria, figure maternelle heurtée interprétée par Laura Sépul, et Julia, personnage lié à l’événement fondateur, porteuse d’une mélancolie persistante.

La famille, le clan et le devoir de l’honneur

Le film explore la famille comme un clan contraint par le silence et le non-dit. Ici, l’honneur ne passe ni par la loi ni par une morale héroïque, mais par une dette intime. Rayan est resté, Dario est parti, et cette dissymétrie structure tout le récit. Le devoir n’est jamais glorifié, il pèse. La vengeance, moteur dramatique assumé, n’est pas idéalisée, mais présentée comme une pulsion émotionnelle impossible à contenir. Cette approche donne au film une grande cohérence thématique, renforcée par une musique omniprésente, presque envahissante, qui porte à elle seule une large part de l’émotion. La photographie, travaillée dans des teintes poussiéreuses et métalliques, installe un monde en délitement. Pourtant, à force de tout exposer frontalement, l’intrigue laisse peu de place à l’inattendu, flirtant parfois avec un format très télévisuel.

Sans pitié © Moonlight Distribution

Un premier long-métrage inspiré de l’histoire du réalisateur

Premier long-métrage de Julien Hosmalin, Sans Pitié puise directement dans son histoire familiale. Élevé par une mère célibataire et un grand frère protecteur, le cinéaste transpose cet héritage affectif dans une fiction marquée par la culpabilité et la transmission. Le décor des forains, la caravane, les marges sociales ne relèvent pas du réalisme pur, mais d’un imaginaire façonné par le cinéma américain et le western moderne. Hosmalin revendique un film simple dans sa narration, où la tension naît davantage de l’atmosphère, du montage et du son que de rebondissements scénaristiques. Un choix cohérent, mais qui explique aussi cette sensation de film maîtrisé, élégant, parfois trop sage pour s’imposer comme une œuvre réellement singulière.

On a beaucoup aimé la musique originale et la photographie. La musique est splendide et fait presque 80% du film. Il manque quelque chose dans le film pour se démarquer d’un format TV ou Streaming. Les acteurs sont bons, le rythme est bon, mais dans l’intrigue un mécanisme ne se fait pas et assez rapidement tout est mis sur la table et on manque de surprise.

Ici, la musique originale n’accompagne pas le film, elle le porte. Pensée comme une matière émotionnelle à part entière, elle capte le toucher des instruments, les cordes, une rugosité presque organique. Julien Hosmalin assume des silences, puis des surgissements mélodiques qui deviennent le véritable pouls du récit, au point d’en constituer près des trois quarts de la charge émotionnelle. Ce choix trouve un écho direct dans l’esthétique photographique, dominée par des teintes poussiéreuses, métalliques et crépusculaires. La caméra privilégie des cadres posés, parfois à l’épaule, refusant le naturalisme pur pour installer un western moderne hors du temps, où la lumière sculpte les corps et les silences plus que l’action. Si parfois le récit est un peu boiteux et trop gratuit, l’esthétique reste le point fort de ce premier long métrage !

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Note : 4 sur 5.

14 janvier 2026 en salle | 1h 34min | Drame, Thriller
De Julien Hosmalin | 
Par Julien Hosmalin, Olivier Torres
Avec Adam Bessa, Tewfik Jallab, Jonathan Turnbull


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