Dans The Feast, Mirabelle Skipworth signe une chanson de recul et d’acceptation émotionnelle, où l’intime croise le spirituel. Une œuvre tendue et lucide, qui transforme le désir en miroir, et la culpabilité en prise de conscience fragile, parfois irréversible.
Avec The Feast, Mirabelle Skipworth explore un territoire délicat où les sentiments se heurtent aux injonctions morales. La chanson avance à pas feutrés, invitant à observer ce qui se joue sous la surface plutôt qu’à juger. Les émotions ne sont ni embellies ni excusées, elles sont laissées à nu, comme une expérience à traverser. L’artiste ne cherche pas l’apaisement immédiat, mais une forme de lucidité, parfois inconfortable, qui oblige à accepter ce qui est ressenti, même quand cela dérange ou fatigue le cœur.
Originaire de la région de Chicago et installée à Pittsburgh, Mirabelle Skipworth s’inscrit dans une tradition folk américaine nourrie de questionnements existentiels. Son univers mêle mélodies folk épurées et tension alt rock, héritée de son travail en groupe. Elle puise autant dans ses expériences personnelles que dans des récits extérieurs, des livres ou des concepts symboliques. Pour The Feast, enregistrée entièrement en prise live, l’influence est autant musicale que thématique. La spiritualité, la religion et l’intimité s’entrelacent, rappelant une écriture anglo saxonne introspective où la parole sert à interroger la faute, le désir et le besoin d’appartenance. Cette approche donne à la chanson une intensité brute, sans filtre ni artifice.
La singularité de The Feast tient à son usage d’images simples mais chargées de sens. Les mains, le souffle, la table du festin deviennent des symboles d’engagement et de tentation. Les paroles décrivent un désir qui se vit autant comme une attraction que comme une mise à l’épreuve morale. L’émotion est exploitée dans sa répétition, presque jusqu’à l’engourdissement, traduisant une incapacité progressive à ressentir pleinement. Cette fatigue émotionnelle n’est pas anodine, elle révèle un mécanisme de défense face à la culpabilité et à la peur de s’abandonner. La chanson ne condamne pas, elle observe, laissant l’auditeur face à ses propres contradictions.
Là où la chanson se distingue, c’est dans la façon dont cette tension mène à une révélation ambiguë. Le festin promis n’est jamais vraiment consommé, car la peur empêche de s’asseoir à la table. Les émotions conduisent ici à une prise de conscience temporaire, fragile, qui peut se dissiper aussi vite qu’elle est apparue. Mirabelle montre que comprendre ses sentiments ne signifie pas forcément les dépasser. La lucidité peut rester en suspens, coincée entre désir et renoncement. Cette absence de résolution définitive donne à The Feast une résonance durable, fidèle à la complexité des relations humaines et à la difficulté d’accepter ce que l’on ressent sans chercher à le justifier.
C’est doux, agréable. On se laisse porter par cette voix, ce jeu de guitare de folk Pure. C’est ça l’essence même d’un titre guitare-voix, quand l’instrument et le chant se complètent.
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