Avec Dies Irae, FAUST déploie une iconographie sombre et rituelle, entre expressionnisme allemand et fantasme sacré. Un clip habité où le regard, le corps et le rite composent une liturgie visuelle de la damnation et du désir interdit.
L’iconographie visuelle du clip Dies Irae s’inscrit clairement dans une filiation gothique, sacrée et expressionniste, où l’image ne cherche pas à illustrer la musique, mais à l’incarner. Le noir et blanc granuleux, presque sale, renvoie immédiatement à l’esthétique du cinéma muet allemand, en particulier à Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau. On y retrouve cette obsession du regard, de l’œil comme seuil entre le monde visible et l’invisible, avec des gros plans qui rappellent la fixité hypnotique des figures vampiriques et damnées. L’œil n’est pas un organe ici, c’est un symbole, celui du jugement, de la faute, et de l’irréversibilité.
On montre également d’une femme qui accouche… de qui ? de l’Antéchriste ? D’un démon ?
Cette image n’est jamais expliquée frontalement, et c’est précisément là que réside sa force. Le clip Dies Irae de FAUST préfère la suggestion au dogme, inscrivant cette naissance dans une iconographie du sacrilège et du doute. L’accouchement devient un acte inversé, non pas porteur de salut, mais d’une possible condamnation. La femme n’est pas mère au sens chrétien, elle est matrice d’un basculement. Le corps est filmé comme un territoire profané, traversé par des mains anonymes, presque anti-liturgiques, rappelant un rite occulte plus qu’un acte médical ou charnel. Cette naissance ne promet rien, elle inquiète. Elle interroge la frontière entre foi et hérésie, entre création et damnation. FAUST ne désigne jamais clairement ce qui vient au monde, laissant au spectateur la charge morale et symbolique de cette apparition, comme un jugement suspendu, irréversible, et profondément dérangeant.

Les compositions en plongée, notamment le corps féminin étendu sur un sol damier, évoquent un espace rituel plus qu’un lieu réel. Le damier, figure du passage et de l’épreuve, renvoie à une symbolique maçonnique et funéraire, accentuant l’idée d’un tribunal métaphysique. Cette image rappelle, par son romantisme morbide et son érotisme funèbre, l’esthétique de Forsaken issue de Queen of the Damned, où la chair devient territoire de damnation autant que de désir. On dévoile ce monde entre les vivants et les morts, les croyants et ceux qui ont vu l’abjection et le Malin.

Les séquences en couleur rompent brutalement avec l’austérité du noir et blanc. Le rouge domine, couleur du sang, du sacré et de la transgression. Ces scènes évoquent directement l’imaginaire de Eyes Wide Shut, notamment dans leur dimension cérémonielle et charnelle. Les mains qui se posent sur le corps, sans visage clairement identifiable, créent une sensation d’anonymat inquiétant, où l’individu disparaît au profit du rite. La lumière est volontairement artificielle, presque picturale, renforçant l’impression d’un théâtre occulte plutôt que d’une scène réaliste.

L’ensemble du clip repose sur une logique de fragmentation, œil, corps, mains, tissus, feu, qui rappelle le montage symboliste plus que narratif. Il ne s’agit pas de raconter Faust, mais de le faire ressentir. Le Dies Irae, chant du jugement dernier, trouve ici une traduction visuelle cohérente : un monde figé entre condamnation et fascination, où chaque image semble déjà être une relique. Rien n’est gratuit, tout est pesé, presque liturgique, et c’est précisément cette rigueur iconographique qui donne au clip sa force, austère, troublante, et profondément habitée.

La fascination et l’ambivalence au cœur des fantasmes et des peurs.
La femme fascine, la femme est celle qui donne la vie, la femme est celle qui séduit. On l’aime, on la désire, on la craint, et parfois on la déteste. Elle incarne à la fois l’origine et la perte, le refuge et le danger. Dès lors qu’elle échappe au rôle assigné, dès lors qu’elle regarde trop loin, comprend trop vite, ou sait un peu trop, elle devient suspecte. Alors l’histoire change de ton. On ne la célèbre plus, on la traque. La figure maternelle se mue en figure menaçante. La femme devient sorcière.
Toute la mythologie, toutes les histoires paranormales, toutes les traditions populaires reposent sur cette ambivalence. La femme y est tour à tour muse, tentatrice, guérisseuse ou damnée. Elle détient un pouvoir qui ne passe ni par la force brute ni par l’autorité visible, mais par le corps, l’intuition, la transmission. Ce pouvoir dérange, car il échappe au contrôle. Il ne se conquiert pas, il se donne ou se retire. Et c’est précisément ce retrait possible qui nourrit la peur.
La peur fondamentale n’est pas celle de la magie ou du surnaturel. Elle est plus simple, plus archaïque. Et si elles pouvaient vivre sans avoir besoin de nous ? Et si leur autonomie n’était pas une transgression, mais un état naturel ? Cette question traverse les siècles comme un poison lent. Elle irrigue les procès en sorcellerie, les récits de démons féminins, les figures de mères monstrueuses ou d’amantes fatales. La femme devient alors projection des angoisses masculines, surface sur laquelle se déposent la peur de l’abandon, de la perte de pouvoir, de l’effacement. L’Homme ne peut pas donner la vie seul, il ne sait d’ailleurs faire que très peu de chose loin des femmes.
Accusée de sorcellerie, ce n’est pas tant pour ce qu’elle fait, mais pour ce qu’elle représente. Une possibilité d’émancipation. Une altérité qui ne demande pas la permission. Une capacité à créer la vie sans en référer à l’ordre établi. Dans ces récits, la maternité elle-même se retourne, n’étant plus promesse de continuité, mais menace de rupture. Donner la vie n’est plus un acte sacré, mais un acte suspect.
Cette ambivalence n’a jamais disparu. Elle s’est simplement transformée. Aujourd’hui encore, la femme qui sait, qui choisit, qui refuse ou qui existe en dehors des cadres continue de troubler. Le mythe persiste, parce qu’il rassure ceux qui ont besoin de croire que ce pouvoir est dangereux. Non pas parce qu’il l’est réellement, mais parce qu’il rappelle une vérité dérangeante : le monde pourrait continuer sans eux, et cela, pour certains, reste insupportable.
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