La même est une chanson sur le recul, l’acceptation et l’apprentissage émotionnel. Ben’Do transforme les chutes et les doutes en matière sensible, assumant l’erreur comme passage obligé vers soi, sans morale, mais avec une lucidité apaisée.
Avec La même, Ben’Do signe une chanson qui invite à accepter ses choix, même imparfaits, et à regarder ses émotions sans les fuir. L’artiste ne cherche ni la justification, ni la revanche. Il installe un espace de recul, presque de respiration, où l’échec devient expérience et où la fragilité n’est plus une faute. Le morceau avance avec une sincérité frontale, parlant de doutes, de fatigue, de chutes, mais aussi de réparation intérieure. C’est une chanson qui ne promet pas de solution miracle, mais qui affirme une chose essentielle, vivre pleinement implique d’assumer ce que l’on ressent, même quand cela fait mal.
Ben’Do, de son vrai nom Benito Bouzin Nicoletti, s’inscrit dans une tradition de la chanson émotionnelle directe, héritière à la fois de la pop francophone contemporaine et d’une sensibilité méditerranéenne plus viscérale. Son parcours italo-belge nourrit une écriture marquée par le mélange des cultures, des tempéraments et des contradictions. Dans La même, on retrouve cette influence du vécu personnel assumé, proche d’une écriture confessionnelle, mais jamais plaintive. Ben’Do s’inscrit dans une génération d’artistes qui préfèrent l’authenticité à la posture, la parole imparfaite à la phrase bien polie. Ses influences semblent autant venir de la chanson introspective que d’une pop urbaine où la vulnérabilité est devenue une force expressive. Il ne cherche pas à embellir son parcours, il le raconte tel qu’il est, avec ses zones de flou, ses élans naïfs et ses désillusions, ce qui donne à la chanson une résonance profondément humaine et universelle.
La force de La même repose sur sa manière d’aborder les émotions sans les dramatiser. Ben’Do parle de chute, de fatigue, de doutes, mais toujours avec une forme d’acceptation tranquille. Les images qu’il utilise sont simples, presque quotidiennes, mais leur répétition crée un effet de mantra. Apprendre en saignant, comprendre en tombant, guérir en s’aimant, ces formules fonctionnent comme des étapes d’un chemin intérieur. La chanson ne glorifie pas la souffrance, elle la reconnaît comme un passage. L’originalité réside dans cette façon de dire que l’erreur n’est pas un échec définitif, mais une expérience nécessaire. Les émotions sont exploitées comme des outils de compréhension de soi, pas comme des armes contre le monde. La prise de conscience qui en découle est réelle, mais elle n’est pas brutale. Elle s’installe doucement, comme une évidence qui se construit avec le temps.
Dans cette chanson, la révélation n’est ni totale ni définitive. Elle est contextuelle, liée à un moment de vie précis. Ben’Do ne prétend pas avoir tout compris, et c’est là que la chanson touche juste. Le refrain, répété comme une affirmation intime, traduit une acceptation temporaire mais nécessaire, celle de refaire les mêmes choix, non par obstination, mais par fidélité à soi. Les émotions ne conduisent pas à une illumination soudaine, mais à une lucidité progressive. La chanson suggère que la conscience de soi se construit par couches successives, au fil des chutes et des élans. Cette approche rend le morceau profondément sincère. Ben’Do ne donne pas de leçon, il partage un état intérieur. Et c’est précisément cette modestie émotionnelle, cette absence de posture héroïque, qui donne à La même sa portée universelle et durable.
On aime la manière d’écrire de l’artiste, qui détourne le vocabulaire technologique pour parler d’identité et de refus du formatage. Les références à « Contrôle C, Contrôle V » évoquent une vie copiée collée, une reproduction mécanique des trajectoires attendues, que l’artiste rejette frontalement. Il ne s’agit pas d’une critique technique, mais symbolique, copier n’est plus créer, répéter n’est plus vivre. Les ETF et les index, cités presque avec agacement, incarnent un monde abstrait, rationnel, financier, éloigné du sensible. Ben’Do oppose à cette logique froide son regard d’enfant et son instinct. Le jeu de mots fonctionne par contraste, la technologie devient le langage d’une société standardisée, face à laquelle l’artiste revendique l’erreur, l’émotion et l’imprévisible. Cette opposition renforce le propos central, refuser d’être une version dupliquée de soi-même, même si cela coûte.
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