UNE PAGE APRÈS L’AUTRE – découvrez la bande-annonce


Dans Une page après l’autre, la découverte d’une lettre de suicide bouleverse le quotidien d’un professeur de lycée à Hong Kong. En cherchant l’élève qui aurait pu l’écrire, il rouvre malgré lui des failles intimes, où passé et présent se confondent dans un récit d’une grande pudeur.

Le film suit M. Cheng, enseignant discret et rigide en apparence, confronté à une lettre de suicide retrouvée dans son établissement. Cet objet fragile devient le point de départ d’une enquête intérieure autant qu’extérieure. En tentant d’identifier l’élève en détresse, M. Cheng observe ses élèves autrement, attentif à leurs silences, à leurs regards fuyants, à ces signes ténus que l’institution scolaire ignore souvent. En parallèle, le récit dévoile sa vie personnelle, marquée par une relation conjugale brisée et par une incapacité profonde à exprimer ses émotions. Autour de lui gravitent des figures essentielles, son fils Eli, enfant sensible pris dans les attentes écrasantes du monde adulte, et les autres enseignants, eux aussi prisonniers de rôles sociaux qui les obligent à masquer leurs fragilités. Le film construit ainsi une galerie de personnages ordinaires, jamais jugés, tous traversés par la même difficulté à dire la douleur, dans une société où la réussite scolaire et la conformité priment sur l’écoute.

Un traumatisme au cœur d’un récit sur la recherche de l’auteur d’une lettre

La quête de l’auteur de la lettre agit comme un révélateur des traumatismes enfouis de M. Cheng. Chaque piste, chaque élève observé, réactive chez lui des souvenirs d’enfance et des blessures anciennes qu’il n’a jamais su nommer. Le récit adopte alors une narration non linéaire, faite d’allers-retours entre le présent et le passé, traduisant la manière dont la mémoire surgit par fragments, souvent de façon involontaire. Le film ne cherche jamais le sensationnel autour du suicide, mais s’attache à montrer les mécanismes silencieux qui mènent à l’isolement, la honte et la culpabilité. À travers cette enquête intime, le cinéaste interroge la responsabilité collective, celle des adultes, de l’école et de la famille, face à la souffrance des plus jeunes. La lettre devient moins un mystère à résoudre qu’un cri suspendu, rappelant que parler, écouter et reconnaître la douleur sont peut-être les seuls moyens d’éviter qu’elle ne se transforme en drame irréversible.

Quelques pistes pour comprendre le film

Le scénario puise directement dans les souvenirs de Nick Cheuk, depuis son enfance jusqu’à ses années universitaires, et il est lié à une vague réelle de suicides juvéniles à Hong Kong à la fin des années 2010. Cet ancrage personnel, assumé par le cinéaste. Le film est une fiction, mais le réalisateur a mis beaucoup de lui dans cette histoire. Elle est née à la suite du décès d’un ami proche. Il est le véritable fruit d’un deuil, Nick Cheuk a travaillé sur ses sentiments, ses peines et y a mis beaucoup de lui dans le récit. Le titre français est un peu un jeu de mots, face à son incapacité à tourner réellement la page après la fin du tournage du film. Une œuvre qui s’inscrit dans un processus personnel de mémoire et de survivance, où créer ne signifie pas oublier, mais apprendre à vivre avec l’absence.

Revoir les représentations sociales des enseignants et montrer les sentiments pour ce qu’ils sont

Ce qui émane de ce film, c’est son travail sur la représentation démythifiée des enseignants à Hong Kong. On sent la volonté de montrer les enseignants comme des êtres humains ordinaires, loin de l’image rigide et irréprochable imposée socialement. Le film expose leurs failles, leurs contradictions, leur solitude et leurs comportements intimes. Cette étude de l’intime mène aussi à une réflexion morale sur le jugement des adultes : a-t-on le droit de juger un adulte qui a fait du mal, sans interroger ce qui l’a construit ? Le personnage de M. Cheng est conçu comme un homme ayant blessé sa famille, mais dont la violence émotionnelle est elle-même héritée de traumatismes anciens. Cette interrogation éthique est le fil conducteur du film, magnifiée par la ligne directrice émotionnelle émanant de la mise en scène défendue par le réalisateur : aborder le suicide avec amour, empathie, ouverture d’esprit et sans jugement. Le film ne cherche ni à choquer ni à dénoncer frontalement, mais à permettre aux personnes en souffrance de se sentir reconnues et respectées.

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21 janvier 2026 en salle | 1h 35min | Drame
De Nick Cheuk | 
Par Nick Cheuk
Avec Lo Chun Yip, Ronald Cheng, Hanna Chan
Titre original Time Still Turns the Pages


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