Quand tous les enfants d’une classe disparaissent à 2h17 sauf un, la petite ville de Maybrook bascule dans l’angoisse. Dans une ambiance entre Ça et Les Revenants, Évanouis explore la peur collective, à travers les yeux d’une institutrice soupçonnée, d’un père et d’un enfant rescapé.
Avec Évanouis, Zach Cregger prolonge la veine psychologique et dérangeante de Barbarian pour plonger dans un cauchemar collectif aux airs de mystère surnaturel. En mêlant horreur intimiste et drame d’enquête à échelle humaine, le réalisateur signe un film au rythme inhabituel, tout en ambiance trouble. Loin d’un pur film d’horreur, Évanouis se construit autour d’un événement inexplicable : une disparition d’enfants à heure fixe, un silence oppressant, et un village qui sombre peu à peu dans la paranoïa. Un film qui interroge, bouscule, mais ne dévoile jamais complètement son jeu.
English summary
In Weapons (French title Évanouis), director Zach Cregger crafts a chilling and emotionally charged thriller rooted in grief and collective fear. At exactly 2:17 AM, an entire class of children vanishes—except for one. As panic spreads through the small town of Maybrook, a teacher, a tormented father, and a quiet survivor each struggle to uncover the truth behind the disappearances. Told in distinct chapters and filmed from the characters’ own perspectives, the movie immerses viewers in a world that feels both familiar and deeply unsettling. With an atmosphere reminiscent of The Returned and early Stephen King, Weapons rejects gore in favor of psychological tension and emotional depth. Julia Garner delivers a haunting performance as a teacher under suspicion, while Josh Brolin embodies the pain of a parent grasping for answers. A story of silence, loss, and the unknown, Weapons is less about monsters than the void they leave behind.
Résumé du film Évanouis
Une nuit, à 2h17 précises, tous les enfants d’une même classe disparaissent… sauf un. La ville entière s’interroge : accident, conspiration ou phénomène surnaturel ? Une institutrice, un père éploré, un policier tourmenté et un directeur d’école en crise vont se retrouver au cœur d’un mystère où chaque silence pèse. Loin du jump scare gratuit, Évanouis distille un malaise insidieux dans un quotidien à la frontière de l’étrange.
Un film d’ambiance plus qu’un film d’action ou d’horreur !
Évanouis n’est pas un film qui hurle à la face du spectateur. Il chuchote. Il installe. Il dérange. Sa plus grande force réside dans cette capacité à générer l’effroi par l’attente, la tension et l’indécision, plus que par la violence ou l’esbroufe. Dès les premières minutes, une atmosphère lourde s’installe, presque poisseuse. On pense immédiatement à Ça de Stephen King, aux visions spectrales de Les Revenants, ou encore à la lente paranoïa de 4400. La ville semble se vider d’elle-même à mesure que le mystère s’épaissit, et les personnages deviennent les vecteurs d’un malaise collectif qui prend racine dans l’intime.
Cette tension sourde se manifeste aussi dans la mise en scène : cadres fixes, lumières crues, silences prolongés. Zach Cregger mise sur la suggestion et la sobriété. On frôle parfois le fantastique sans jamais s’y abandonner totalement, ce qui renforce cette impression de flottement dérangeant. Ce n’est pas tant ce qu’on voit qui fait peur, mais ce qu’on ressent — ou ce qu’on craint de découvrir.

Un effet communautaire, entre croyance et hystérie collective
Au-delà du simple mystère, Évanouis explore la contagion de la peur. Le film parle de la peur des autres, de la peur de l’invisible, mais surtout de la peur partagée. Dans cette petite ville, les tensions sociales, les croyances, les culpabilités se cristallisent autour d’un événement qui échappe à toute logique. L’effet de groupe devient un personnage à part entière : regards suspicieux, rumeurs virales, accusations croisées.
La performance de Julia Garner est ici essentielle : en institutrice soupçonnée malgré elle, elle incarne cette spirale de suspicion où l’on passe de figure rassurante à cible idéale. Son jeu, tout en fêlure et en retenue, rappelle ses meilleures performances dans The Assistant ou Wolfman. À ses côtés, Amy Madigan, glaçante, injecte une froideur terrifiante dans ce décor trop calme. Même les jump scares, peu nombreux, sont pensés pour accentuer ce malaise, presque attendus… mais toujours efficaces. On est moins dans la peur brutale que dans le frisson prolongé.

2h17 : une heure, un code, un symbole
Pourquoi 2h17 ? Cette heure étrange devient presque un mantra dans le film. Zach Cregger ne donne pas de réponse explicite, mais tout spectateur ressent son poids symbolique. Ce n’est pas minuit, ni l’heure du crime classique. C’est une heure intermédiaire, suspendue entre la fin du sommeil et l’aube. Une faille temporelle où tout peut basculer. L’heure devient ici une signature narrative, un point de bascule dans le réel, un signal déclencheur d’un phénomène collectif dont les répercussions sont à la fois psychologiques et sociétales. Une énigme ouverte, plus métaphysique que factuelle.
Un film en chapitrage, filmé selon le point de vue des personnages, un tournage difficile
L’une des grandes originalités de Évanouis tient dans sa construction narrative en chapitres. Zach Cregger a choisi de ne pas centrer l’histoire sur un héros unique, mais de confier successivement les rênes du récit à plusieurs personnages. Chaque protagoniste devient, le temps d’un segment, le point focal de l’intrigue, avec sa perception, ses doutes et ses failles. Cette structure fragmentée, mais parfaitement maîtrisée, permet au film de se renouveler toutes les vingt minutes, injectant une tension neuve à chaque bascule. Le spectateur est constamment déstabilisé, changeant d’angle de lecture, de tonalité, de contexte émotionnel. Une stratégie brillante pour maintenir l’attention tout en évitant la routine narrative.
Ce choix s’accompagne d’un véritable parti-pris de mise en scène. La caméra adopte le point de vue des personnages, parfois littéralement. Ainsi, selon qui mène le chapitre, le cadre change : pour Alex, les images sont filmées à hauteur d’enfant ; pour Justine, l’institutrice, l’image se fait plus instable, plus nerveuse, traduisant sa fragilité intérieure. Cette subjectivité visuelle accentue l’intensité émotionnelle de chaque scène et renforce l’effet d’immersion.
Tourné en Géorgie à l’été 2024, le film a aussi été un défi logistique. Plus de 170 enfants ont participé aux scènes d’école, nécessitant la présence constante de coordinateurs spécialisés. Sous une chaleur dépassant parfois les 40°C, l’équipe a dû installer des systèmes de ventilation d’appoint. Malgré ces conditions extrêmes, l’ambiance est restée chaleureuse, les voisins du quartier accueillant l’équipe avec des transats et du thé glacé, témoins d’un tournage aussi éprouvant qu’humain. Ce cadre modeste, mais habité, donne au film une authenticité qui tranche avec les productions plus formatées du genre.

La peur filmée à travers les yeux d’Alex
Dans Évanouis, la peur ne surgit pas de l’ombre : elle s’installe dans le regard d’un enfant. Alex, le seul élève à ne pas avoir disparu, devient le témoin silencieux d’un mystère qui le dépasse. Pour restituer cette perception si particulière, le réalisateur choisit une mise en scène radicalement subjective : la caméra se cale littéralement à hauteur de CE2. Ce cadrage spécifique donne au spectateur une sensation de vulnérabilité constante. Les adultes deviennent des silhouettes inquiétantes, les pièces semblent démesurées, et chaque couloir prend des allures de labyrinthe.
Cette approche donne au film une dimension sensorielle saisissante. L’étrangeté ne vient pas de l’extérieur, mais du simple fait de voir le monde à travers des yeux d’enfant. Cary Christopher, bluffant de justesse, parvient à exprimer une forme de stupeur contenue, sans jamais surjouer. Il observe, absorbe, tremble en silence. À travers lui, Évanouis renoue avec une terreur intime, presque primitive : celle de ne pas comprendre ce que les adultes eux-mêmes refusent d’affronter.
Un processus de création marqué par le deuil et une ambition assumée
L’idée d’Évanouis est née d’un deuil personnel. Le réalisateur explique que le scénario a été écrit dans une phase de souffrance, sans plan ni structure. Ce processus d’écriture instinctive donne au film une dimension profondément humaine, ancrée dans la perte et l’incompréhension. Cette origine émotionnelle donne au récit une densité qu’on ne retrouve pas dans les thrillers classiques. C’est un film écrit pour exorciser, pas pour séduire. Et cela se ressent, on ressent dans le personnage du père une forme d’aura presque cathartique.
Zach Cregger a en effet perdu l’un de ses meilleurs amis de manière soudaine, et c’est cette blessure intime qui l’a poussé à écrire. Il ne cherchait pas à construire une intrigue sophistiquée, mais à déposer une douleur. Ce deuil invisible irrigue tout le film, jusque dans ses silences. On comprend mieux pourquoi chaque personnage semble hanté, non par une entité, mais par un vide. Cette absence, ce besoin de réponses impossibles, transparaît particulièrement dans le personnage d’Archer (Josh Brolin), père rongé par la culpabilité, le manque et la rage sourde. C’est aussi ce qui confère au film son étrangeté : on n’est pas face à un simple mystère, mais à un chagrin collectif travesti en thriller surnaturel.

Un casting juste et charismatique
Le film repose sur une distribution solide et subtile. Julia Garner, troublante, oscille entre fragilité apparente et force intérieure. Josh Brolin, intense, offre une prestation sobre mais percutante, tandis qu’Alden Ehrenreich confirme une fois encore son talent pour incarner des personnages en marge. Le jeune Cary Christopher impressionne dans un rôle silencieux mais fondamental. Quant à Amy Madigan, elle glace le sang sans jamais en faire trop. La force du casting réside dans sa justesse : aucun personnage ne surjoue, chacun semble porter un poids invisible.
Évanouis est un film d’ambiance efficace, porté par un casting solide et une réalisation inspirée. Il impressionne par son atmosphère pesante, son esthétique sobre et son refus du spectaculaire facile. Mais malgré cette richesse formelle, le film échoue à totalement convaincre sur le fond. La résolution, que l’on ne dévoilera évidemment pas ici, divise. Certains y verront une audace, d’autres une facilité. Et ce dernier virage, censé tout expliquer, laisse un goût d’inachevé. Le film n’est donc pas le chef-d’œuvre annoncé de l’été, mais plutôt une œuvre intrigante, imparfaite, prise au piège de ses ambitions. Une proposition intéressante, certes, mais qui risque de frustrer autant qu’elle fascine. Horrifique non, malaisante oui et à souhait !
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6 août 2025 en salle | 2h 08min | Epouvante-horreur, Thriller
De Zach Cregger |
Par Zach Cregger
Avec Josh Brolin, Julia Garner, Alden Ehrenreich
Titre original Weapons
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Une réflexion sur “ÉVANOUIS – Un thriller d’ambiance aussi étrange que fascinant… Mais qui laisse une sensation d’inachevé !”