Avec Superman, James Gunn réinvente les scènes post-génériques : pas de teasing creux, mais un clin d’œil avant le générique et deux gags absurdes. L’apparition de Supergirl ivre et de Krypto annonce discrètement un film plus sombre et introspectif, fidèle à Woman of Tomorrow.
Surgies discrètement au fil de l’histoire du septième art, les scènes post-génériques sont devenues, en quelques décennies, un rendez-vous incontournable pour les cinéphiles. Bien plus que de simples clins d’œil, ces séquences insérées après – ou parfois pendant – le générique de fin ajoutent une dimension ludique et interactive à l’expérience cinématographique. Elles prolongent la narration, offrent des indices sur des suites potentielles, ou proposent des moments humoristiques inédits. Mais comment cette pratique, autrefois marginale, est-elle devenue l’un des marqueurs les plus reconnaissables du cinéma contemporain ?
English Summary
In Superman (2025), James Gunn breaks away from the traditional post-credit formula. Instead of teasing future crossovers, he inserts a subtle emotional teaser before the credits, introducing a disoriented, intoxicated Supergirl reclaiming her dog, Krypto. This scene, while humorous on the surface, echoes the comic Woman of Tomorrow by Tom King and hints at a darker, more introspective arc for Kara Zor-El. Meanwhile, the two actual post-credit scenes are deliberately absurd, poking fun at expectations while avoiding hollow promises. Gunn respects the tradition, but reshapes it to support a cohesive and meaningful DC Universe.
Comment elles sont nées ?
La scène post-générique n’est pas une invention récente, mais son usage s’est démocratisé avec l’essor du blockbuster hollywoodien. Les premiers exemples remontent aux années 1960-1970, comme dans The Silencers (1966), où une annonce amusante promettait déjà une suite. Cependant, c’est dans les années 1980, avec des films tels que Ferris Bueller’s Day Off (1986), que la formule prend un tour plus iconoclaste : le héros s’adresse directement au public, brisant le quatrième mur. Par la suite, ce procédé s’est diversifié, passant de la simple blague à la révélation narrative, et s’est progressivement ancré dans l’imaginaire collectif des spectateurs.
Les franchises à la Marvel et DC
C’est cependant l’essor du cinéma de super-héros, emmené par les studios Marvel puis DC, qui va véritablement populariser la scène post-générique à grande échelle. Marvel lance la tendance dès Iron Man (2008) en révélant Nick Fury, venu évoquer l’initiative Avengers : un pont inédit entre des films jusque-là indépendants. Dès lors, chaque opus du Marvel Cinematic Universe (MCU) – de Thor à Black Panther – intègre une ou plusieurs scènes post-génériques, parfois humoristiques, parfois stratégiques pour annoncer le prochain film ou introduire de nouveaux personnages. Cette pratique s’est étendue à la télévision (avec les séries Disney+), puis à d’autres studios : DC Comics, avec ses franchises Justice League ou Shazam!, emploie aussi cette mécanique pour créer de la connivence entre le studio et son public.
La force de ces scènes réside dans leur capacité à fidéliser les spectateurs – toujours à l’affût du moindre indice –, à consolider des univers narratifs vastes, et à générer un bouche-à-oreille phénoménal autour de chaque nouvelle sortie. Elles incitent le public à rester jusqu’à la dernière minute, effaçant la traditionnelle frontière de fin de film, et participent à l’élaboration d’un storytelling continu, cher aux blockbusters contemporains.
Pourtant, cette stratégie a ses limites. De nombreuses scènes post-génériques n’ont jamais été exploitées : Les Éternels de Marvel ont introduit des personnages jamais revus, Black Adam promettait le retour de Henry Cavill, et Justice League laissait entrevoir une Injustice League avortée. Ce phénomène a souvent frustré les fans et miné la crédibilité de ces séquences, transformées en promesses sans lendemain.
DC, avec son univers en perpétuelle reconstruction, a parfois versé dans la surenchère ou l’improvisation, jusqu’au naufrage du DCEU en 2023. Depuis, une nouvelle page s’écrit, portée par un auteur-réalisateur connu pour son goût du détournement : James Gunn.
James Gunn et son usage dans ses films
James Gunn, réalisateur et scénariste touche-à-tout, a su exploiter la scène post-générique avec inventivité, que ce soit chez Marvel (Les Gardiens de la Galaxie) ou désormais chez DC. Pour Superman (prévu en 2025), il promet d’intégrer cette tradition tout en la repensant : ses scènes post-génériques sont conçues comme de véritables éléments de construction narrative, parfois porteurs d’humour décalé, parfois consacrés à l’introduction de nouveaux arcs scénaristiques. Le réalisateur aime jouer avec les attentes : il s’adresse aux fans tout en évitant de tomber dans la simple recette, veillant à ce que chaque séquence ait un sens et une utilité pour la suite de l’univers DC.
Le cas Superman
Avec Superman (2025), James Gunn tord les codes, sans jamais les briser gratuitement. Au lieu d’une annonce spectaculaire en fin de générique, il place une vraie scène de teasing… juste avant ledit générique. L’arrivée de Supergirl dans la Forteresse de Solitude, incarnée par Milly Alcock, coche toutes les cases d’une introduction post-générique : mystère, ouverture vers un futur film (prévu en 2026), et lien direct avec un élément récurrent du film (Krypto, ici expliqué comme étant le chien de Kara). Ce moment-clé est pourtant intégré dans le récit principal, comme un clin d’œil savamment orchestré, mais sans fanfare ni effet tapageur. Résultat : le spectateur découvre une scène forte, sans le conditionnement habituel de l’attente post-générique.
Et c’est là toute la logique du réalisateur. Les deux véritables scènes post-générique sont, elles, volontairement absurdes : un plan promo recyclé (Superman et Krypto face à la Terre) et un gag avec Mister Terrific, qui commente la reconstruction bancale de Metropolis. Le ton est léger, presque moqueur. Le message est clair : le cœur du récit est déjà terminé, vous pouvez respirer.
James Gunn assume cette inversion. Selon lui, annoncer pour annoncer est une impasse. L’époque des promesses non tenues (comme le retour de Henry Cavill ou les annonces fantômes du DCEU) l’a vacciné. Il préfère offrir une surprise ou une blague, plutôt qu’un teasing sans lendemain. Et il le dit lui-même : les scènes qu’on a préférées dans ses Gardiens de la Galaxie, ce sont celles avec Howard the Duck ou Stan Lee, pas les promesses avortées comme celle d’Adam Warlock. Il s’agit donc moins de renier la tradition que de la recentrer : offrir un bonus au spectateur, mais sans l’illusion d’un avenir forcément glorieux.
En intégrant ce qui ressemble à une scène post-générique avant le générique, James Gunn déjoue les attentes, tout en gardant une forme de respect pour le public. Il invite à rester pour lire les crédits, à profiter des noms derrière le film… sans leur imposer une attente creuse. Une manière élégante et subversive de rendre hommage à la tradition tout en la reconfigurant intelligemment pour le nouveau DCU.
Notre hypothèse
Et si James Gunn avait, en réalité, volontairement opté pour une scène post-générique anodine afin de conjurer le mauvais sort qui plane sur les reboots de l’univers DC ? En évitant de teaser frontalement une suite ou un crossover trop ambitieux, le réalisateur contourne le piège classique du « teasing maudit » — ces promesses de continuité jamais tenues qui ont plombé Justice League, Black Adam ou encore The Flash. Ici, rien d’explicite, rien qui enferme l’avenir du DCU dans une obligation scénaristique : juste un gag léger, presque absurde, et un clin d’œil en amont avec Supergirl, inséré avant le générique. Gunn reste dans la tradition, sans trop en faire, laissant respirer son récit sans dépendre d’une suite encore fragile. Une manière habile de ménager l’enthousiasme sans nourrir l’illusion, tout en posant les bases d’un univers qu’il veut enfin durable.
Aujourd’hui, la scène post-générique n’est plus un simple gadget, mais une pièce maîtresse du langage cinématographique contemporain, capable de façonner les mythologies modernes et d’entretenir le lien entre l’œuvre et ses spectateurs. Entre marketing, fidélisation et création de mondes partagés, elle illustre l’évolution des codes narratifs, tout en cultivant un certain mystère jusque dans les dernières secondes d’un film. Face à une génération de publics hyperconnectés et toujours en quête d’indices, la scène post-générique s’impose comme un jeu complice entre créateurs et amateurs de pop culture, appelé à se réinventer au fil des nouveaux récits cinématographiques.
L’apparition de Supergirl dans Superman n’est pas un simple caméo loufoque : c’est un prologue émotionnel crypté, une amorce discrète d’un film à venir bien plus dur, plus viscéral, où Kara incarnera le traumatisme kryptonien en contrepoint de l’espérance portée par Kal-El.
Là où Superman choisit qui il veut devenir, Supergirl devra survivre à ce qu’elle a déjà été.
Pour bien saisir l’apparition désinvolte de Supergirl dans Superman, il faut aller au-delà du simple gag. Son entrée, titubante et alcoolisée, fait directement écho aux premières pages de Supergirl: Woman of Tomorrow, œuvre de Tom King qui servira de base au film prévu en 2026. Dans les comics, Kara Zor-El fête son anniversaire sous un soleil rouge, vulnérable et humaine, rongée par la mélancolie. Ce clin d’œil est loin d’être gratuit : il annonce une héroïne brisée, sarcastique, bien différente de son cousin Kal-El, élevé dans l’amour des Kent. Là où Superman choisit son identité, Kara, elle, devra reconstruire la sienne depuis les décombres d’un destin volé.
La présence de Krypto accentue cette cassure intime. Officiellement présenté comme le chien de Superman, il est en réalité celui de Kara. Son comportement chaotique prend alors un autre sens : il est abandonné, à l’image de sa maîtresse. En quelques secondes, le caméo de Milly Alcock esquisse un personnage en fuite, qui n’a pas encore trouvé sa place. Le contraste est net : Superman incarne l’espoir et la stabilité, Supergirl le traumatisme et l’exil. Cette introduction n’est donc ni légère, ni secondaire. Elle plante les graines d’une odyssée galactique introspective, marquant une rupture de ton dans le DCU. Une promesse discrète, mais puissante.
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