Elias et Anita s’aiment, mais la vie les éloigne. Des années plus tard, une mission scientifique sous-marine bouleverse Elias : une faille révèle les regrets d’une vie. ETERNAL transforme une histoire d’amour en odyssée intime, entre drame familial et science-fiction mystique.
Avec ETERNAL, Ulaa Salim livre un film à la fois intime et vertigineux, croisant les chemins de la science-fiction, du drame psychologique et de la romance. Dans ce deuxième long-métrage, le réalisateur danois questionne nos choix de vie à travers le destin d’un homme partagé entre ambition, amour perdu et responsabilité parentale. Inspiré de son propre court-métrage, mais enrichi par l’expérience de la paternité, le cinéaste tisse une œuvre sensible où l’amour, le temps et la culpabilité se mêlent dans une mise en scène sobre, poétique et troublante. À travers une faille océanique presque mystique, ETERNAL plonge littéralement dans les tréfonds de l’âme humaine. Une réflexion sur ce que nous laissons derrière nous… et sur ce qui aurait pu être.
Notre avis
Un vrai petit bijou, où le film est un long cri silencieux et bruyant à coups de « Si j’avais su ».
Le film flirte sans cesse entre science-fiction et drame psychologique, un sous-marin ressemblant à un vaisseau spatial et une fissure digne d’une porte des étoiles (Stargate). Chacun des acteurs et des actrices jouant les deux époques d’une vie est doté d’un talent rare : c’est touchant et brillant !
Un monde composé de si
ETERNAL n’est pas un film de science-fiction au sens habituel. Il s’agit d’un drame existentiel, déguisé en odyssée subaquatique, où le temps n’est plus linéaire, mais émotionnel. Tout commence avec Elias, un jeune homme épris d’Anita, qui fait un choix de carrière bouleversant : il quitte l’amour pour la science, croyant bien faire. Mais les années passent, et la douleur d’un vide existentiel s’impose.
Quand il accepte une mission d’exploration autour d’une fracture sous-marine, c’est moins l’univers que ses propres regrets qu’il s’apprête à sonder. Cette faille devient un portail intérieur, un espace de visions, de réminiscences, d’hypothèses. À quoi ressemblerait notre vie si l’on avait agi autrement ? À quel moment s’est-on perdu ? La mise en scène évoque des références discrètes au cinéma spatial, mais toujours au service d’un ressenti humain et organique. Ce n’est pas l’espace qui fascine ici, mais la profondeur terrestre, et les strates de la mémoire affective.

La faille, symbole de l’existence et le poids de nos choix
La faille devient alors une métaphore sensible du point de non-retour, ce moment suspendu où l’on devine ce que l’on a laissé filer. Elle ne cherche pas à expliquer, mais à ressentir : Elias y perçoit les échos d’une vie parallèle, pas forcément meilleure, mais profondément bouleversante. En choisissant de situer cette révélation sous la mer — loin des cieux et des étoiles habituels du genre — Ulaa Salim affirme que les réponses ne sont pas ailleurs, mais en soi. Ce n’est pas l’inconnu qu’il explore, mais l’intime : ce qui nous constitue, ce qu’on tait, ce qu’on regrette. La faille, en ce sens, est moins un gouffre qu’une mémoire vive.
Le réalisateur évite le spectaculaire : pas de futurisme tape-à-l’œil, mais un minimalisme sensoriel, parfois brut, toujours émotionnel. L’eau devient matière à introspection, la fissure un symbole de nos failles intimes. La narration avance par touches, mêlant rêve, présent et souvenirs flous. Le film s’autorise une part de mystère, sans jamais tomber dans l’explication forcée. Ce qui importe ici, c’est le sentiment de traverser une vie parallèle, celle des possibles étouffés.
Avec cette œuvre, Ulaa Salim interroge les regrets silencieux, les amours délaissés, les enfants à qui l’on n’a pas su parler, et l’angoisse de ne pas avoir été à la hauteur. En inversant le mythe de l’exploration spatiale — ici, on plonge vers le fond, au lieu de monter vers les étoiles — ETERNAL nous ramène à l’essentiel : qu’est-ce qu’une vie réussie, si elle est déconnectée de l’amour ?
Le casting et le réalisateur en parfait accord
Un casting dédoublé où chacun des personnages est incarné par une version jeune et adulte. Le cœur battant du film, c’est évidemment Simon Sears, dans le rôle d’Elias. Il incarne ce personnage tiraillé avec une justesse rare, sans chercher à l’excuser ni à le condamner. Elias est humain, trop humain : passionné, maladroit, parfois égoïste, souvent dépassé. Le choix du réalisateur de ne pas forcer l’identification, mais de susciter la réflexion fonctionne à merveille.
Face à lui, Nanna Øland Fabricius est bouleversante dans le rôle d’Anita, à la fois amoureuse fidèle et femme blessée, dont le regard porte toute la douleur d’une vie qui s’est construite en marge d’un amour manqué. Les scènes entre les deux âges des personnages – portés par différents comédiens – sont d’une cohérence remarquable, renforçant la sensation de glissement entre les lignes temporelles.
Ce choix de double distribution, avec Viktor Hjelmsøe et Anna Søgaard Frandsen pour les versions jeunes d’Elias et Anita, donne au film une texture sensible et organique. Les jeunes comédiens ne sont pas de simples reflets : ils incarnent une énergie, une innocence et une spontanéité qui contrastent subtilement avec la gravité et la retenue de Simon Sears et Nanna Øland Fabricius, leurs homologues adultes. La mise en scène, fluide et pudique, permet de faire dialoguer ces deux temporalités sans rupture ni redondance, comme si les souvenirs étaient vécus à nouveau, plutôt que simplement remémorés.

Le reste du casting, notamment Magnus Krepper et Maria Halldóra Geirhardsdóttir, apporte solidité et nuance aux figures secondaires, jamais caricaturales. Chacun semble porter une part du doute, de l’oubli, ou de la solitude qui habite le film.
La direction d’Ulaa Salim est à la fois sensible et ambitieuse. Il traite son sujet avec pudeur, sans céder aux facilités du genre. C’est une œuvre profondément personnelle : on sent que le réalisateur parle de lui, de ses angoisses de père, de ses choix d’homme, et de cette idée que le temps n’attend personne. La musique de Valgeir Sigurðsson, discrète, mais émotionnellement puissante, amplifie cette sensation d’un récit qui se joue autant dans l’invisible que dans le tangible.
Ulaa Salim compose chaque plan comme un souvenir : parfois flou, parfois précis, toujours chargé d’émotion. Il ne cherche ni la perfection technique ni le choc visuel, mais privilégie une forme de sincérité narrative rare. Ce mariage entre casting habité et mise en scène libre donne à ETERNAL une intensité troublante.
Avec ETERNAL, Ulaa Salim signe un film de science-fiction à hauteur d’homme, intime et sensoriel, qui touche au cœur sans jamais forcer l’émotion. Ce récit de regrets, d’amour et de transmission réussit à convoquer à la fois l’universel et le personnel, dans un écrin visuel sobre mais puissant. Rarement un film n’aura aussi justement capté cette sensation vertigineuse : celle de se demander ce que notre vie aurait été… si l’on avait choisi autrement.
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30 juillet 2025 en salle | 1h 42min | Drame, Science Fiction
De Ulaa Salim |
Par Ulaa Salim
Avec Simon Sears, Nanna Øland Fabricius, Magnus Krepper
Titre original For Evigt
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Une réflexion sur “Eternal, Ulaa Salim livre un drame à travers les monde et l’espace temps”