Ballerina, porté par un vrai réalisateur, arrive à proposer un film où l’action fait partie du scénario, sans faire du scénario un prétexte aux bastons. Cette nuance fine permet au film de s’élever au-delà de John Wick. Un seul regret : l’actrice, bien qu’excellente, semble être à 180 %, et il lui reste encore 20 % à offrir. On espère une suite qui conclura les aventures de l’héroïne, sans tomber dans une énième surenchère qui tuerait la saveur des personnages.
Un spin-off solide, pensé comme un film à part entière
Le film Ballerina arrive sur les écrans porté par la signature d’un vrai réalisateur, Len Wiseman, dont l’expérience dans le cinéma d’action apporte une vision maîtrisée et une direction claire à ce spin-off de l’univers John Wick. Le choix du réalisateur n’est pas anodin : il permet au film de s’élever au-dessus du simple divertissement de bastons, pour proposer une œuvre où l’action fait partie intégrante du scénario, sans jamais le réduire à un simple prétexte à cascades. Cette nuance fine, rare dans le genre, permet de donner de la profondeur à l’intrigue et aux personnages, et d’éloigner Ballerina de l’ombre écrasante de John Wick.

Une héroïne complexe et un récit rythmé
Le scénario, coécrit par Shay Hatten et Emerald Fennell, s’inscrit dans la continuité de la franchise, mais se distingue par sa volonté de développer une héroïne complexe, Eve Macarro, interprétée avec brio par Ana de Armas. L’histoire, située entre John Wick : Parabellum et John Wick 4, suit la quête de vengeance d’Eve, élevée dans la société secrète Ruska Roma, après l’assassinat de son père adoptif. Le film exploite habilement le double héritage de l’héroïne, mêlant grâce de ballerine et brutalité de tueuse, pour offrir des scènes d’action à la fois spectaculaires et crédibles.
Des cascades stylisées, à hauteur de personnage
Là où John Wick privilégie la puissance froide et l’exécution millimétrée, Ballerina adopte une approche plus organique et inventive. Les combats, ancrés dans le corps d’Ana de Armas, assument la réalité physique de son gabarit : pas de domination par la force brute, mais une stratégie de survie où chaque objet – casserole, patin, grenade – devient une arme potentielle. Eve frappe pour vivre, non pour briller. L’équipe 87Eleven a ainsi conçu des chorégraphies adaptées, explorant l’intelligence gestuelle d’un personnage en formation, à la fois vulnérable et létal.
Un film qui résiste à la tentation de la surenchère
Ce spin-off ne cherche pas à imiter John Wick, mais à interroger l’envie même d’entrer dans ce monde. Là où John voulait fuir, Eve veut appartenir. Sa quête de vengeance devient rite d’initiation, dans un univers de codes et de loyautés troubles. Le film, tout en gardant les balises visuelles de la saga, propose une trajectoire opposée : celle d’une recrue qui, à force de discipline et de douleur, construit sa propre légende. Une héroïne encore en devenir, que la suite devra savoir conclure avec justesse.
Au-delà de la performance, le film réussit à s’imposer comme une œuvre à part entière, sans se contenter de surfer sur la vague John Wick. Il propose une expérience d’action réfléchie, où chaque coup de feu, chaque coup de grâce, trouve sa place dans la narration, sans jamais sacrifier le scénario à la surenchère spectaculaire.
Ana de Armas, intense mais perfectible
Cependant, un regret subsiste : l’actrice principale, bien qu’excellente, semble déjà donner le maximum, et l’on sent qu’il lui reste encore 20 % à offrir. Ana de Armas campe une Eve charismatique, mais la surenchère de l’intensité dans chaque scène laisse parfois peu de place à la nuance, à la fragilité ou à la vulnérabilité du personnage. On aurait aimé voir l’actrice explorer davantage les zones d’ombre d’Eve, pour enrichir encore la densité émotionnelle du film.
Enfin, on espère une suite qui saura conclure les aventures de l’héroïne, et éviter de sombrer dans l’énième opus sans fin, au risque de tuer la saveur des personnages. Ballerina a le mérite d’exister par lui-même, mais il doit maintenant prouver qu’il peut offrir à Eve Macarro une sortie digne de ce nom, sans céder à la tentation de la surproduction. En attendant, le film s’impose comme une réussite du genre, portée par une réalisation solide et un scénario qui sait doser action et émotion, tout en laissant entrevoir un potentiel encore inexploité.
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4 juin 2025 en salle | 2h 05min | Action, Thriller
De Len Wiseman |
Par Shay Hatten
Avec Ana de Armas, Ian McShane, Anjelica Huston
Titre original Ballerina
À voir, à lire :
– Ballerina (film, 2025) – Wikipédia
– De l’univers de John Wick : Ballerina – AlloCiné
– Critique du film – Mondociné
– Ballerina – Ciné Croisière
– Casting de Ballerina (2025) – SensCritique
– Critique – La Minute Ciné
_ Grand Rex – Ballerina
Quelques infos pour aller plus loin
Quelle est la place de Ballerina dans la chronologie de John Wick ?
Ballerina se déroule entre John Wick: Parabellum et John Wick 4. Le film explore les événements parallèles à ceux de la trilogie, en développant un nouveau personnage central, Eve Macarro, sans perturber la timeline établie de l’univers principal.
Ana de Armas a-t-elle effectué ses propres cascades dans Ballerina ?
Oui, Ana de Armas s’est intensément préparée pour réaliser une grande partie de ses cascades. Elle a suivi un entraînement encadré par l’équipe 87Eleven pour atteindre une exigence physique comparable à celle de Keanu Reeves dans les films John Wick.
Le film Ballerina est-il accessible sans avoir vu John Wick ?
Absolument. Même si des références enrichissent l’expérience des fans, Ballerina est conçu pour se suffire à lui-même. Le récit introduit une héroïne inédite et développe un arc narratif autonome, compréhensible sans connaissance préalable de la saga.
Qui est Eve Macarro, le personnage principal de Ballerina ?
Eve est une jeune femme formée à l’assassinat par la Ruska Roma. Portée par un désir de vengeance, elle remet en question l’ordre établi. Son évolution, à la fois physique et psychologique, la distingue des anti-héros classiques du cinéma d’action.
Le style visuel de Ballerina diffère-t-il de celui de John Wick ?
Oui, tout en gardant une esthétique cohérente, Ballerina privilégie des décors enneigés et des tons plus froids, avec des scènes se déroulant en Europe de l’Est. Cette variation visuelle permet au film d’affirmer une identité propre au sein de la franchise.
Une suite à Ballerina est-elle prévue par la production ?
Aucune suite officielle n’a été annoncée, mais le film laisse volontairement plusieurs pistes ouvertes. Si le public répond présent, les producteurs pourraient prolonger l’histoire d’Eve Macarro dans un nouvel opus, ou à travers d’autres spin-offs de l’univers.
Ana de Armas vs Krysten Ritter : deux visages d’une même rage
Si Ana de Armas incarne une Eve Macarro plus physique et chirurgicale, sa détermination silencieuse rappelle parfois celle de Krysten Ritter dans Jessica Jones. Moins ironique que son homologue Marvel, Eve canalise la même colère intérieure, brutale, mais contenue. Deux héroïnes marquées par la perte, forgées dans le refus de la soumission. Une proximité d’âme plus que de style, entre danse et trauma. Cette comparaison est surtout saillante en voyant le look d’Eve dans certaines scènes ! Oui, on y pense vraiment, ce n’est pas anodin !
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