Milli Vanilli : de la gloire au cauchemar – Paradoxe de l’émotion ou évolution des mœurs


Scandale planétaire, succès fulgurant et chute vertigineuse… Milli Vanilli, de la gloire au cauchemar plonge au cœur d’une des plus grandes impostures de l’histoire de la musique. Simon Verhoeven orchestre avec brio cette fresque dramatique, révélant les mécanismes impitoyables d’une industrie prête à tout pour fabriquer des icônes, quitte à les broyer ensuite.


Le film Milli Vanilli, de la gloire au cauchemar est réalisé par Simon Verhoeven, cinéaste germano-autrichien reconnu pour ses succès critiques et populaires comme Willkommen bei den Hartmanns et Nightlife. Né à Munich en 1972, Verhoeven est également scénariste et producteur, issu d’une famille illustre du cinéma allemand. Il signe ici une mise en scène inspirée, offrant un regard acéré sur l’industrie musicale à travers le destin tragique du duo Milli Vanilli.

Le casting principal réunit Elan Ben Ali dans le rôle de Fabrice « Fab » Morvan et Tijan Njie dans celui de Rob Pilatus, les deux membres du groupe. Matthias Schweighöfer incarne Frank Farian, le producteur à l’origine du scandale, tandis que Graham Rogers, Bella Dayne et Tijan Marei complètent la distribution. Le film bénéficie d’une production internationale, réunissant des sociétés allemandes et françaises, et a été tourné à Munich, Berlin, Le Cap et Los Angeles.


Notre avis – Réflexion percutante sur l’industrie musicale

Le film dévoile plusieurs vérités concernant le plus gros scandale du milieu de la musique. Mais aujourd’hui, avec le nombre fulgurant de virtual bands ou de boys bands ne chantant pas, mais utilisant uniquement l’image d’un boy Scott ayant été quarterback… Peut-on dire que ce scandale n’a eu lieu que parce que le projet est devenu quelque chose de trop grand, un phénomène mondial ?

Le film dévoile à l’aide d’une caméra frontale un duo qui s’adresse directement au public. Ce procédé filmique est pertinent, car une forme de malaise s’installe, il va progressivement susciter de l’attachement pour ce duo. Malgré leur mensonge, le film dévoile deux artistes sincères et qui voulaient vraiment chanter un jour.

Ils sont partis un jour, sans retour… N’ont pas pu effacer l’amour du public, qui se retrouve à détester le fait d’avoir aimé un produit de marque. Mais comme le soulève le film… Peut-on faire rêver la jeunesse et le public si le chanteur que l’on entend n’est pas sexy ?

Psycho-émotion d’une industrie de l’empirisme : On aime avec les yeux, mais l’émotion et le cœur font le reste

On aime avec les yeux, et rarement avec le cœur… Car l’amour rend aveugle, et tout est une question de perception.

Alors oui, on écoute avec les oreilles, mais les yeux et notre regard forgent une image qui se cristallise éternellement. On veut ressentir la passion et le désir pour ce projet que l’on va aduler : il doit être mystérieux ou faire rêver.

Milli Vanilli, de la gloire au cauchemar : Photo Tijan Njie, Elan Ben Ali | ©LEONINE Studios / Wiedemann & Berg Film
Milli Vanilli, de la gloire au cauchemar : Photo Tijan Njie, Elan Ben Ali | ©LEONINE Studios / Wiedemann & Berg Film

Les Daft Punk font rêver, Taylor Swift fait rêver… Et ce duo, pourquoi n’aurait-il pas le droit de faire rêver ? Car presque toutes les belles histoires démarrent sur une fiction ou sur quelque chose de faux … Avec la génération TikTok, de nombreux buzz sont nés d’inconnus faisant de playback sur des tubes. Désormais, peut-on consentir que le show nécessite une dose d’artifice et que l’artiste au cœur d’une mélodie n’est pas nécessairement celui qui devra faire la couverture ? Dans le monde du Rock, de nombreuses personnalités ont longtemps fait le choix de l’anonymat pour laisser le cœur se lier aux mots.

Le vrai, c’est nous, public, qui l’inventons en projetant dessus notre histoire et nos blessures. On invente des histoires, de la proximité avec les artistes que l’on adule et on veut nier leurs propres souffrances liées à l’Art du paraitre. Pourtant, comme le chantait si bien J.A.H.O. ou encore le Rocker sacrifié Steeve Estatof : on doit mentir pour plaire et donner ce que le public espère entendre et voir. Cela a un prix, parfois malgré toutes les bonnes intentions du monde, le succès rend con en bousillant progressivement l’artiste. Celui-ci reste avant tout un être humain, qui va découvrir une réalité tronquée où l’objet du désir devient un Dieu vivant ! L’industrie musicale est celle de l’affect et de l’empirisme, où tout repose sur l’objectivation du désir du consommateur. Ce film révèle un succès trop gros dans un monde dans lequel l’on confond sincérité et fiction !

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Note : 5 sur 5.

14 mai 2025 en salle | 2h 03min | Biopic, Drame, Musical
De Simon Verhoeven | 
Par Simon Verhoeven
Avec Tijan Njie, Elan Ben Ali, Matthias Schweighöfer
Titre original Girl You Know It’s True


Paramount+ a sorti il y a quelques mois un film documentaire sur ce duo !
Un best of est disponible sur amazon !


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