Avec La Fin des slows, Laurent Metterie clôt une trilogie documentaire amorcée en 2021, poursuivant son exploration fine des rapports de genre et de la condition amoureuse contemporaine. À travers le regard croisé de quinze couples aux profils contrastés, il brosse le portrait sensible et souvent déroutant de la vie à deux, dans un monde en perpétuelle mutation.
Le regard de Laurent Metterie et l’expertise de Camille Froidevaux-Metterie
Laurent Metterie n’en est pas à son coup d’essai. Après Les mâles du siècle (2021) et Les petits mâles (2023), où il sondait les masculinités contemporaines, il élargit ici le spectre à la relation conjugale elle-même. Son style mêle sobriété formelle et profondeur analytique, donnant à entendre la parole brute, sans fard, de celles et ceux qui tentent — tant bien que mal — de « faire couple ». À ses côtés, la philosophe et féministe Camille Froidevaux-Metterie, en tant que conseillère scientifique, apporte une lecture éclairée des dynamiques à l’œuvre. Spécialiste du corps féminin et des mutations de l’intime, elle accompagne le film de sa réflexion fine sur les tensions entre tradition et émancipation, matière vivante des récits recueillis.
Une pensée du corps et du lien
Le regard sensible posé sur ces récits ne serait pas aussi nuancé sans l’influence de Camille Froidevaux-Metterie. Philosophe engagée, elle explore depuis plusieurs années les transformations de la condition féminine contemporaine à travers une pensée incarnée, attentive à l’expérience vécue des femmes. Ses ouvrages – La Révolution du féminin (2015), Le Corps des femmes : la bataille de l’intime (2018) et Un corps à soi (2021) – forment une constellation théorique essentielle pour comprendre les mouvements souterrains à l’œuvre dans le documentaire. Dans La Fin des slows, son empreinte se ressent dans cette volonté de mettre en lumière les tensions entre corps, normes et désirs, au cœur des dynamiques conjugales contemporaines.
Un couple en mouvement, malgré nous
Le documentaire s’ouvre sur une évidence discrète : le couple change. Non pas à cause de volontés individuelles, mais sous la pression d’évolutions globales. La montée des aspirations féministes, les crises économiques, l’essor du télétravail ou la redéfinition des rôles parentaux façonnent une nouvelle grammaire de l’intimité. Dans ce contexte, les attentes genrées persistent, mais se frictionnent : tandis que les femmes — souvent jeunes et éduquées — aspirent à une autonomie identitaire en dehors du cadre conjugal, les hommes s’arc-boutent encore sur des modèles hérités. Cette tension silencieuse, presque organique, structure l’ensemble du film. On voit plusieurs configurations de couples où chacun assume des taches variées selon leur travail et emploi du temps. Le temps et l’histoire du temps, qui vaut beaucoup de dispute – Les femmes travaillent dur et font énormément, mais fréquemment les hommes pensent que leur travail passe avant les tâches du quotidien, décrites comme des corvées.
Défaire le couple pour mieux le refaire ?
Ce qui se joue dans LA FIN DES SLOWS, ce n’est pas tant une crise du couple qu’un appel à le reconfigurer. Certains témoignages évoquent des tentatives de réinvention : couples ouverts, pères engagés, espaces personnels négociés, cohabitations alternatives… Autant d’îlots d’expérimentation face à une norme monogame de plus en plus questionnée. Le film ne juge pas, il écoute. Il met en regard des parcours parfois contradictoires, où les tentatives d’équité se heurtent encore à une répartition inégale des charges mentales et affectives. On y perçoit moins un rejet du couple qu’un effort collectif – souvent maladroit – pour le sauver autrement.
Faire couple dans un monde individualiste
Au fond, LA FIN DES SLOWS pose une question vertigineuse : peut-on encore faire couple dans une société où l’individu est roi ? Le film, porté par la rigueur intellectuelle de Camille Froidevaux-Metterie, rappelle que l’amour n’est plus une évidence, mais un choix, souvent renouvelé, toujours fragile. En cela, le documentaire se fait miroir : il invite chacun à interroger son propre rapport au lien, entre désir de fusion et quête de liberté.
Un film nécessaire, délicat, profondément humain.
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La Fin des slows
1 h 21
sortie le 16 mars 2025
Documentaire | De Laurent Metterie |
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Une réflexion sur “La fin des slows – le couple en 2025 ?”