When the Light Breaks – Le droit au deuil est-il universel ?


When the Light Breaks de Rúnar Rúnarsson, présenté en ouverture de la sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2024, offre une exploration poignante du deuil et de ses manifestations socialement acceptées. Ce film islandais nous plonge dans une journée d’été où Una, une jeune étudiante en art, traverse une gamme d’émotions allant de l’amour à la douleur la plus profonde.

Le deuil silencieux

Le cœur du film réside dans la façon dont Una doit gérer son chagrin en secret. Ayant perdu son amant dans un accident tragique, elle se trouve dans la position délicate de ne pas pouvoir exprimer ouvertement sa douleur. La société, représentée par ses amis et sa famille, ignore sa relation avec le défunt, la forçant à porter un masque de normalité alors qu’elle est déchirée intérieurement.

Cette situation met en lumière la problématique du « droit au deuil » au delà de la loi permettant d’avoir un congé lors de la perte d’un proche ( la législation française qui accorde jusqu’à 14 jours pour le décès d’un enfant). Dans notre cas, nous sommes dans le cas du droit à exprimer sa tristesse ouvertement lorsque l’on perd un amant et que ce dernier était encore en couple. Dans ce cas, comme Una, une forme d’obligation invisible impose de souffrir en silence, leur peine n’étant pas reconnue socialement. Pourtant, le deuil et le rapport à la mort est quelque chose de singulier. De l’interculturel, à l’anthropologie, en passant par l’éthologie, on remarque que les rites sont variés, mais la tristesse reste la même avec des expressions différentes.

Performance des acteurs

La performance d’Elín Hall dans le rôle d’Una est particulièrement remarquable. Rúnar Rúnarsson lui-même souligne sa capacité à transmettre une large palette d’émotions à travers des changements d’expression subtils. Cette aptitude à « montrer plutôt qu’à dire » incarne parfaitement l’essence du personnage d’Una, forcée de contenir sa douleur.

Les acteurs secondaires, notamment Katla Njálsdóttir et Mikael Kaaber, complètent brillamment le tableau, formant ce que le réalisateur appelle un « noyau d’intensité » qui fait avancer le récit avec peu de dialogues. Ils sont là, ont une présence et accompagnent le récit. Katla Njálsdóttir dans le rôle de Klara, la petite-amie officielle, apporte une forme de douceur mélancolique. Entre tristesse, doute et crainte, elle partage énormément de choses avec peu de répliques.

When the Light Breaks : Photo Elín Hall, Katla Njálsdóttir © Compass Film
When the Light Breaks : Photo Elín Hall, Katla Njálsdóttir © Compass Film

Une photographie qui sublime l’Islande

La photographie du film joue un rôle crucial dans la narration. Le réalisateur utilise la lumière caractéristique des étés islandais pour créer une atmosphère à la fois douce et morne. Cette luminosité particulière, qui baigne le film du début à la fin, sert de métaphore visuelle à l’état émotionnel des personnages, oscillant entre la clarté de la vie et l’obscurité du deuil.

Les paysages islandais, capturés avec une sensibilité poétique, deviennent un personnage à part entière, reflétant la beauté et la dureté de l’expérience du deuil. Cette approche visuelle contribue à créer ce que certains critiques ont décrit comme un « poème cinématographique, presque sensoriel« .

When the Light Breaks se distingue par sa manière subtile d’aborder le thème du deuil, en mettant en lumière les aspects souvent négligés de cette expérience universelle. À travers le parcours d’Una, Rúnar Rúnarsson nous invite à réfléchir sur la façon dont notre société gère la perte et reconnaît (ou non) la légitimité de certaines formes de chagrin.

Le film, avec sa distribution talentueuse et sa photographie évocatrice, offre une méditation nuancée sur le deuil, l’amour et la résilience. Il nous rappelle que derrière chaque perte publiquement reconnue, il peut y avoir de nombreuses autres personnes qui souffrent en silence, leur douleur invisible, mais non moins réelle. La tristesse ne devrait jamais être jugée déplacée et chacun devrait être libre de pouvoir exprimer ses émotions.

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Note : 4 sur 5.

19 février 2025 en salle | 1h 22min | Drame
De Rúnar Rúnarsson | 
Par Rúnar Rúnarsson
Avec Elín Hall, Mikael Kaaber, Katla Njálsdóttir
Titre original Ljosbrot


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