En quoi la fausse culture, intégrant plusieurs éléments issus des cités, n’est-elle pas réellement faite pour aider les jeunes de ces milieux, mais plutôt pour leur faire croire qu’y vivre et y rester est une bonne solution ? Cette politique va à l’encontre du fameux « plafond de verre » percé par une ascension sociale.
Cette culture suggère que parler le langage de la cité suffit, alors qu’auparavant, les enfants des cités rêvaient d’en sortir et faisaient tout pour adopter les codes de l’élite. Aujourd’hui, l’élite promeut la culture de la cité, encourageant ceux des banlieues à y rester et à croire qu’il est possible d’y réussir. Pourtant, ceux qui ont réellement réussi sont ceux qui ont adopté les codes de l’élite, et non le langage grossier.
Explication détaillée sur cette fausse culture
La promotion d’une « fausse culture intégrante » incorporant des éléments des cités peut être perçue comme un mécanisme subtil de reproduction des inégalités sociales, plutôt qu’un véritable levier d’émancipation pour les jeunes issus de ces quartiers.
Cette approche, qui valorise superficiellement certains aspects de la culture des cités, risque en réalité de renforcer l’ancrage territorial et l’isolement social des jeunes. Comme le souligne Donzelot (2011), l’enfermement dans les réseaux locaux peut entraver l’accès aux opportunités offertes par les réseaux urbains plus larges[1]. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte d’inégalités structurelles et de discriminations ethno-religieuses persistantes, comme l’ont montré Frost (2008) et Kundnani (2007)[4].
La promotion du « langage de la cité » comme suffisant pour réussir constitue une forme de violence symbolique, au sens de Bourdieu (1979)[4]. Elle masque le fait que l’ascension sociale nécessite généralement l’acquisition des codes culturels dominants. Cette approche contraste avec les aspirations traditionnelles de mobilité sociale ascendante qui caractérisaient auparavant les jeunes des quartiers populaires.

Paradoxalement, les élites semblent encourager une forme d’essentialisation de la culture des cités, potentiellement dans le but de maintenir les hiérarchies sociales existantes. Ce phénomène rappelle le concept d' »embeddedness ethnique » critiqué par Crul et Vermeulen (2003) ainsi que Waters et al. (2010), qui peut limiter les libertés individuelles et les ambitions personnelles[4].
Cette dynamique s’oppose à l’idée de « mobilité sociale perçue » étudiée par certains chercheurs, qui montrent que des perceptions positives de mobilité ascendante peuvent motiver les comportements constructifs chez les jeunes. En promouvant une vision statique de la culture des cités, on risque de freiner le développement d’aspirations plus ambitieuses.
Il est crucial de reconnaître que le véritable succès social implique souvent l’adoption des codes culturels dominants, tout en conservant un ancrage identitaire. Comme l’illustre le témoignage d’une jeune femme d’origine maghrébine à Madrid, il est possible de combiner une identité musulmane forte avec l’intégration d’éléments culturels du pays d’accueil[4].
Donc, plutôt que de promouvoir une « fausse culture intégrante », il serait plus bénéfique de favoriser une véritable mobilité sociale ascendante, en donnant aux jeunes les outils nécessaires pour naviguer entre différents univers culturels, tout en valorisant leur parcours unique.
A lire
https://scholarworks.waldenu.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=6739&context=dissertations
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC11070161/
https://www.researchgate.net/publication/292539489_Aspirations_and_Social_Mobility_The_Role_of_Social_and_Spatial_Immobilities_in_the_Development_and_Achievement_of_Young_People’s_Aspirations
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