Ni chaînes ni maîtres est un film poignant qui plonge au cœur de l’histoire méconnue du marronnage à l’île Maurice au XVIIIe siècle. Il raconte la quête de liberté de Massamba et Mati, deux esclaves fuyant l’enfer des plantations de canne à sucre pour briser leurs chaînes et échapper à la violence coloniale. Le film met en lumière la résistance des esclaves face à l’oppression, incarnée ici par la traque implacable de Madame La Victoire, une chasseuse d’esclaves redoutée. À travers une mise en scène immersive, mêlant réalisme brutal et spiritualité mystique, le réalisateur SIMON MOUTAÏROU dévoile la lutte acharnée des marrons, ces figures héroïques souvent oubliées de l’Histoire. Ni chaînes ni maîtres s’impose ainsi comme une œuvre audacieuse, à la fois historique et contemporaine, qui invite à réfléchir sur les thématiques universelles de liberté, de dignité et de résistance à l’oppression.

Un film brutal et grandiose.
Un chef-d’œuvre sur une partie de l’Histoire de France souvent mise sous silence, celle des Mascareignes et de l’esclavage. Cette histoire de l’Ile Maurice (Anciennement Isle de France) et de l’Ile de la Réunion (Anciennement Ile Bourbon) possède un lourd passé où la violence de l’esclavagisme a nourri la Culture locale avec des histoires d’Esprit vengeur, de démons et fantômes. Des acteurs-actrices incroyables, une force de narration et beauté cinématographique !
La présentation de l’esprit divin wolof MAME NGESSOU est intéressante. C’est la part de fantastique dans ce film. Tout comme Mamy Wata ces divinités ont tenu un rôle important dans le quotidien des esclaves. Leur rôle dans les légendes est généralement lié à la force spirituelle et à la lutte pour la liberté.
Le processus de création du film et son enjeu
Le processus de création du film Ni chaînes ni maîtres reflète un engagement à retracer l’histoire du marronnage, c’est-à-dire la résistance des esclaves en fuite face à l’oppression coloniale. Le réalisateur a voulu retracer l’histoire de son père, originaire du Bénin. Inspiré par des récits historiques et des lieux emblématiques comme Le Morne Brabant à l’île Maurice, le réalisateur s’est appuyé sur des recherches approfondies avec des historiens pour ancrer son film dans une réalité historique. Le film met en scène la lutte pour la liberté de ces fugitifs, incarnant un acte de résistance contre le système colonial oppressif.
En mêlant le genre « survival » à l’histoire du marronnage, il cherche à montrer la dureté de l’époque et la ténacité des esclaves à travers des scènes immersives et intenses. La représentation de la violence y est directe, sans embellissement, pour refléter les horreurs de l’esclavage. Le tournage a été difficile, avec de nombreux défis liés aux conditions naturelles, mais l’équipe et les acteurs ont réussi à donner vie à ce récit chargé de symboles. Le film devient alors un outil puissant pour rappeler l’importance de la mémoire historique et introduire le concept de résistance à l’oppression, hier comme aujourd’hui.
Madagascar ou le mythe de la liberté
L’idée de Madagascar comme terre de liberté pouvait être en partie mythifiée par les esclaves, ne correspondant pas toujours à la réalité complexe de l’île. En effet, même si sur cette île le climat était moins hostile pour les esclaves, les marrons, les mesures d’affranchissement n’ont démarré qu’à partir de 1877 pour les « Masombika » (esclaves d’origine africaine). Ici, le récit se déroulant en 1759, les esclaves pouvant atteindre Madagascar au péril de leur vie n’avaient qu’un semblant de liberté. Bien qu’historiquement, il soit admis que comparée aux colonies européennes, la société malgache était perçue comme moins strictement hiérarchisée en termes raciaux.

Encore un doute concernant ce film ? Voici quatre points clés à retenir
Sujet rarement traité dans le cinéma français
Le film aborde l’histoire du marronnage, un thème peu exploré dans le cinéma français, malgré son importance historique. Il met en lumière des récits d’esclaves en fuite, soulignant leur agentivité et leur résistance, ce qui va à l’encontre des représentations souvent passives de l’esclavage.
Réalisme brutal de la violence coloniale
Le film montre sans détour les brutalités de l’esclavage, y compris les châtiments imposés par le Code Noir, un aspect rarement abordé de manière frontale dans le cinéma. Cela rompt avec les représentations édulcorées, exposant la violence coloniale sans concession. On montre les punitions de manière frontale à la première fuite sera marqué au fer l’esclave. En cas de récidive, on lui coupe une oreille et un jarret.
Mélange de genres audacieux
En intégrant des éléments de « survival », le film transforme le récit historique en une épopée intense et dramatique. Ce choix donne au film une tension unique et permet d’aborder la lutte pour la liberté sous un angle émotionnel et captivant.
Approche spirituelle et symbolique
Le réalisateur infuse le film d’une dimension mystique en faisant appel à des croyances ancestrales et en stylisant la nature comme un personnage à part entière. Cela donne une texture de réalisme magique au film, un choix esthétique audacieux qui transcende la simple reconstitution historique.
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18 septembre 2024 en salle | 1h 38min | Drame, Historique
De Simon Moutaïrou |
Par Simon Moutaïrou
Avec Ibrahima Mbaye Tchie, Camille Cottin, Anna Thiandoum
Ni chaînes ni maîtres est un film audacieux qui plonge dans l’histoire du marronnage, mettant en lumière la résistance des esclaves fugitifs à l’ordre colonial sur l’île Maurice au XVIIIe siècle. Simon Moutaïrou, inspiré par son héritage béninois et les récits d’esclavage, livre une œuvre à la fois puissante et poétique. La force du film réside dans sa représentation inédite des marrons, héros oubliés, et dans l’exploration de leur quête de liberté. Le contraste saisissant entre la beauté de l’île et la brutalité du système esclavagiste amplifie l’impact émotionnel. Le choix du « survival » donne un rythme haletant à cette fresque historique, qui questionne également les oppressions contemporaines, résonnant ainsi avec notre époque.
La différence entre esclavage et esclavagisme
L’esclavage se réfère plus à l’institution ou au système de l’esclavage lui-même. Tandis que l’esclavagisme se concentre davantage sur l’idéologie, la mentalité ou les pratiques liées à l’esclavage. Il est donc important de dissocier ces deux mots, malgré la proximité de leurs nuances.
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2 réflexions sur “Ni chaînes Ni maîtres de SIMON MOUTAÏROU – Un récit poignant sans pincette !”