Almamula – L’homosexualité et la peur du sacré


Almamula est le récit initiatique d’un jeune homme explorant son homosexualité au moment de sa confirmation. Entre légendes locales et religion, l’adolescent subit la violence de l’homophobie dans son quartier. En fuite avec sa famille vers la campagne, il découvre Almamula un démon qui punit les pêcheurs.

Le film explore des enjeux politico-sociaux profonds, centrés sur la répression de la sexualité et l’impact des croyances religieuses dans une communauté argentine isolée. Le jeune Nino, victime d’homophobie à Santiago del Estero, incarne la lutte contre les normes oppressives de la société. Sa mère, fervente catholique, l’emmène à la campagne pour le protéger, illustrant ainsi l’influence de la religion sur les comportements familiaux et la perception de la sexualité comme péché.

Ici, contrairement aux autres films sur la thématique similaire, le monstre n’est pas à l’intérieur de l’ado, mais vient des bois. Peu à peu se développe la notion du pêcher, est-ce l’Homme qui l’invente pour se faire peur ou est-ce un Dieu hypothétique qui a mis cela en place. Un adolescent qui voit son corps changer, ses émotions en ébullition, se retrouve à devoir vivre dans une cage psychique, où l’autopunition et les secrets forment un cercle vicieux où il n’a plus aucune échappatoire.

La peur liée à un mauvais acte effraie et la culpabilité peuvent créer des névroses, de diverses somatisations allant aux crises d’angoisse, ou autrefois l’hystérie. Ici, on tente de redonner la liberté à cet adolescent voulant être puni par Almamula. La société ne veut pas de lui, peut-être que cette créature des bois acceptera de le prendre ?

Le mythe de l’Almamula, une créature qui punit les péchés charnels, est une métaphore puissante de la culpabilisation sexuelle imposée par la société et l’église. En réinterprétant cette légende, le réalisateur Juan Sebastian Torales dénonce les stigmates attachés à l’homosexualité et les conséquences psychologiques de la répression sexuelle. La forêt hantée devient un lieu symbolique où les peurs et les désirs refoulés de Nino se confrontent, soulignant la dualité entre le bien et le mal, l’innocence et la culpabilité.

Accepter que le bien et le mal ne sont que des notions inventées par l’homme et les peurs de la condamnation divine le fruit de la religion, permet de retourner le problème et trouver sa liberté. Ce glissement entre la religion, la raison et le questionnement philosophique du bien et du mal, permet d’offrir plus de poids à la dimension horrifique du film. Cette créature symbolise les souffrances des croyants et la punition des pêcheurs. Elle peut également offrir la délivrance aux parias de la société.

Le film aborde la déforestation et les injustices sociales en arrière-plan, ajoutant une dimension écologique et socio-économique au récit. La région, déjà marquée par la chaleur accablante et l’isolement culturel, souffre également de la perte de ses ressources naturelles, aggravant les conditions de vie des habitants. Ce film, en mêlant autobiographie et critique sociale, met en lumière les luttes individuelles et collectives dans un contexte de marginalisation et d’oppression, offrant une réflexion poignante sur l’humanité et la quête de liberté.

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Note : 3 sur 5.

7 août 2024 en salle | 1h 34min | Drame, Fantastique
De Juan Sebastian Torales | 
Par Juan Sebastian Torales
Avec Nicolás Díaz (II), Martina Grimaldi, Maria Soldi


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