CHIEN BLANC – Un film saisissant sur le racisme, l’amour en l’Humanité.


Nous ressortons captivés et bouleversés par la force du jeu des différents acteurs et actrice. La musique Strange Fruits de Lewis Allan ponctuant le film, retrouve un nouveau souffle par l’interprétation majestueuse de Dominique Fils-Aimé.

Côté musical, le film ne s’arrête pas à cette reprise presque incontournable du monde de la musique noir américaine. Il y a la clôture du film sur la voix de Gaël Faye sur le titre Seuls et Vaincus, écrit par Christiane TAUBIRA et mis en musique par Gaël Faye et Melissa Laveaux.

Un duo remarquable à l’écran

Si l’actrice Canadienne Kacey Rohl propose une prestation mémorable en langue de Molière, son partenaire de jeu est excellent. Ici, Romain Gary est incarné par Denis Ménochet sous la direction d’Anaïs Barbeau-Lavalette. Sa prestation est surprenante, physique et on ne peut pas passer à côté de sa présence à l’écran. On a redécouvert cet acteur dans le film Les Survivants de Guillaume Renusson.

ici, il y a un peu une forme de continuité où il incarne un auteur engagé qui se perd dans l’écriture et aussi ses combats. Comme il est si bien dit « Créer est un risque, mais le plus grand est l’amour ». En effet, au-delà de la force de foi et de conviction dans la symbolique du chien : tantôt Chien noir, tantôt chien blanc, on retrouve l’amour dans l’Humanité et le changement que l’homme peut espérer. Tuer ce chien reviendrait à abandonner, mais le changer voudrait dire réussir à changer l’Humanité.

Photo : Vivien Gaumand

Il y a affirmation que si on tue ce chien, ça voudrait dire que nous sommes prêts à tuer tous les racistes de notre planète, donc tuer tous ceux qui ne pensent pas comme nous ? Peut-être que le vrai problème n’est pas ce chien qui au cours de son reconditionnement s’est perdu, ne sachant plus qui défendre de l’Homme Blanc et de l’Homme Noir, mais le vrai problème est celui qui conditionne l’autre. Dans le spectacle de Madiba le musical, on montrait cette société noire américaine vivant dans un monde où l’on les rejette, où la culture noire est mise à quia. Il existe bien des couleurs, des lois, mais les barrières invisibles limitant la solidarité la plus minuscule est aliénante. Dans ce film, la question de la Culture existe, il y a aussi la notion du droit de défendre la cause d’un groupe sans en faire partie. La peine la plus profonde est celle de quelqu’un de couleur blanche ne pouvant défendre librement la cause des personnes de couleur.

Dans cette Amérique de 1968, la citation de James Badlwin prend tout son sens : L’Histoire, je le revendique, se déroule au présent – nous, à chaque souffle, à chaque pas, sommes l’Histoire. Et tout finit un jour par se payer. Car ces chiens font des choses que l’Homme lui a demandé de faire. Les affrontements entre le KKK contre les Black Panther montrés dans ce film révèlent combien les maux du racisme perduraient à son paroxysme il y a encore quelques décennies.

Photo : Vivien Gaumand

Retour sur les origines du projet et sous le regard bienveillant de Denis Villeneuve

Chien Blanc émane d’une réflexion profonde sur l’appropriation de la douleur et des conflits qui ne nous appartiennent pas. Inspirée par ses propres expériences et par la rencontre avec Diego Gary, Anaïs Barbeau-Lavalette explore les liens entre les luttes sociales et familiales, questionnant la capacité des individus à s’engager dans des combats qui ne leur sont pas directement liés.

Le tournage du film devient alors un espace de dialogue interraciale essentiel, où la réalisatrice s’entoure d’une équipe diversifiée, favorisant ainsi des échanges profonds et enrichissants. Avec des consultants Afro-descendants, Maryse Legagneur et Will Prosper, chaque aspect du film est abordé avec sensibilité, du scénario au montage, permettant ainsi une réflexion approfondie sur les enjeux de représentation et de responsabilité.

Cette démarche collaborative vise à créer un récit nuancé et authentique, interrogeant le rôle des Blancs dans la lutte contre le racisme et invitant les spectateurs à repenser leur propre implication dans les combats sociaux. Sous la direction artistique d’Anaïs Barbeau-Lavalette et avec le soutien et les conseils de Denis Villeneuve, Chien Blanc » promet d’être un film nécessaire et puissant, rappelant la force de l’amour et de l’engagement dans un monde en quête de vérité et de réconciliation.

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Note : 5 sur 5.

22 mai 2024 en salle | 1h 36min | Drame
De Anaïs Barbeau-Lavalette | 
Par Anaïs Barbeau-Lavalette, Valérie Beaugrand-Champagne
Avec Denis Ménochet, Kacey Rohl, K.C. Collins


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