Dans Le Jeu de la Reine, Karim Aïnouz explore la vie audacieuse de Catherine Parr, dernière épouse d’Henri VIII. Le film dévoile les derniers mois de sa survie en tant que reine, dépeignant une femme qui rêve et s’épanouit malgré une relation abusive. Le réalisateur réinvente le genre historique en le teintant d’horreur psychologique et de thriller politique, plongeant dans l’Angleterre des Tudors avec des éléments viscéraux et mystérieux.

Un film royalement époustouflant
Une proposition esthétique forte, où l’on découvre la vie de la noblesse anglaise et le quotidien d’une Reine vivant dans la peur de son roi. L’interprétation d’Alicia Vikander est exceptionnelle et Jude Law est autant méconnaissable qu’il n’en est terrifiant !
La relation entre Henri VIII et Catherine Parr est une danse malsaine. Jude Law incarne un roi déchu, son pouvoir déclinant le rendant imprévisible. Alicia Vikander, en Catherine Parr, offre une performance subtile, jonglant entre contrôle et vulnérabilité. Leur jeu captivant révèle une lutte de pouvoir toxique, où chaque geste est une manœuvre stratégique. L’intensité de cette danse psychologique explore les nuances complexes d’une relation royale au bord de l’effondrement.

Libéralisme dans le Culte et romantisme
Le plan d’ouverture offre une atmosphère digne des tableaux des peintres romantiques rappelant l’aspect très spleenien du célèbre Le Voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich. Assez rapidement, le film va nous plonger dans le quotidien de Catherine Parr, la sixième femme du roi Henri VIII. Une vie de manigance pour sans cesse essayer de conserver sa place et surtout la vie sauve.
Le film traite également du conflit religieux où les bibles traduites étaient considérées comme de la défiance du rôle des prêtres et donc du pouvoir du Roi. La relation entre Catherine Parr et Henri VIII est perturbée par les tensions religieuses qui en découlent. Catherine, favorable à la Réforme, souhaite une Angleterre protestante, tandis que l’évêque conservateur Gardiner craint la perte de pouvoir de l’Église. Les réformistes, dont Catherine, remettent en question le rôle du clergé, menaçant l’ordre établi. Ces divergences exacerbent les luttes de pouvoir au sein du couple royal, créant une toile de fond tendue entre convictions religieuses et ambitions politiques. Le film dévoile l’amour d’un Roi pour sa reine et les obligations d’assoir sa descendance mal, tous s’écroulent progressivement quand la noblesse et les clergés craignent des croyances libérales de Catherine.
Le jeu de la Reine est une proposition artistique sublime. Ici, le réalisateur capture la chaleur des corps menacés, la complexité des relations humaines et la tension politique, offrant une vision moderne de Catherine Parr souvent négligée. Le film présente une esthétique visuelle vibrante, éloignée des conventions du genre. En soulignant le pouvoir et les aspirations de Catherine Parr, Karim Aïnouz dévoile une facette méconnue de l’histoire, insufflant ainsi une perspective féministe à cette relecture captivante du passé.
La musique du film
La musique originale du film est composée par Dickon Hinchliffe. Le film se termine sur le titre Down by the Water par PJ Harvey.
Sorti le 6 février 1995, ce titre est le premier single de son album To Bring You My Love. Marquant un changement stylistique avec l’ajout d’instruments électroniques et d’un ensemble orchestral, la chanson relate l’histoire d’une mère noyant sa fille, s’inspirant de la chanson folk Salty Dog Blues. Acclamée par la critique, elle se classe aux charts au Canada, Irlande, Royaume-Uni et aux États-Unis. Nomination aux Grammy Awards 1996 et MTV VMA 1995. Les paroles restent énigmatiques selon Harvey.
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27 mars 2024 en salle | 2h 00min | Drame, Historique
De Karim Aïnouz |
Par Jessica Ashworth, Henrietta Ashworth
Avec Alicia Vikander, Jude Law, Simon Russell Beale
Titre original Firebrand
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Une réflexion sur “Le Jeu de la Reine, de Karim Aïnouz, royalement époustouflant”