O Corno, une histoire de femmes : Le droit à l’avortement en terrain franquiste


JAIONE CAMBORDA dévoile le portrait d’une femme, d’une époque. Un regard sur la féminité et l’apprentissage du chemin menant à la vie de mère. Une histoire de l’Espagne franquiste, de la solidarité nécessaire entre les Femmes et le long chemin menant à la liberté.

1971, Espagne franquiste. Dans la campagne galicienne, María assiste les femmes qui accouchent et plus occasionnellement celles qui ne veulent pas avoir d’enfant. Après avoir tenté d’aider une jeune femme, elle est contrainte de fuir le pays en laissant tout derrière elle. Au cours de son périlleux voyage au Portugal, María rencontre la solidarité féminine et se rend compte qu’elle n’est pas seule et qu’elle pourrait enfin retrouver sa liberté …

Maria à travers la vie et la mort

O Corno, une histoire de femmes, est l’histoire de Maria, une sage-femme au sens premier du terme, qui se construit dans l’accompagnement des autres futures mères, mais n’arrivent pas à le devenir. Il y a dans ce film encore le mythe selon lequel une femme n’est complète que si elle est passée par l’expérience de la maternité. Elle aspire à la maternité pour transcender son existence et s’affirmer face à une société oppressive. Devenir mère représente pour elle une affirmation de soi, un acte de résistance face aux interdits, tout en incarnant un lien profond avec la vie et la nature.

Maria est présentée comme un personnage complexe, lié à divers jeux de miroirs avec d’autres femmes. La référence à la maternité est évoquée à travers des scènes telles que l’accouchement, la sexualité et l’avortement. Ces moments, formant un triptyque, soulignent la dualité entre vie et mort. Le titre O Corno renforce cette dualité, liant la corne de vache à la naissance et à l’avortement. L’héroïne, confrontée à une société oppressante, cherche dans la maternité une expression de sa liberté et une connexion profonde avec la vie, réaffirmant ainsi son identité au-delà des interdits imposés par l’Église et le patriarcat. Devenir mère-célibataire devient pour elle un moyen de résister, de briser les frontières et de s’affranchir des contraintes sociales de son époque.

Le film arrive à montrer la pression sur les femmes devant se cacher pour avorter et en faisant appelle aux faiseuses d’ange, on obtient des conséquences graves comme des hémorragies mortelles.

L’année 1971 a été stratégiquement choisie pour l’intrigue, située dans une Espagne franquiste.
La technique du hors champ est utilisée habilement pour laisser place à l’imaginaire du spectateur, renforçant l’implication émotionnelle et physique. Les thèmes de la vie, de la mort et de la dualité entre Eros et Thanatos sont exprimés subtilement à travers des scènes emblématiques.

Le choix des décors et de la mise en scène renforce l’atmosphère oppressante, en mettant l’accent plutôt sur une représentation explicite de l’époque, afin d’encourager le public à faire des analogies avec les enjeux contemporains. En effet, depuis quelques années, de nombreux pays reviennent sur la légalisation de l’avortement et la France demeure à ce jour le seul état à avoir inscrit ce droit dans la constitution.

Maria, est un prénom à la résonance forte ! Il évoque la maternité sacrée de la Vierge, mais aussi Marie Madeleine, sage-femme dans certaines croyances réactivées avec le film de Garth Davis. Le prénom symbolise la dualité de la femme, liant la sainteté maternelle à la sagesse incarnée dans l’art de donner la vie.

Quelques informations complémentaires sur le film

O Corno, est le fruit d’un projet minutieusement préparé par Jaione Camborda. Dans un entretien, elle révèle l’ampleur de son travail d’investigation pour donner vie à cette période historique. La lecture assidue d’ouvrages d’historiens n’a été qu’une étape, car l’essence du scénario a été nourrie par les témoignages poignants de femmes de l’époque, rencontrées individuellement. Ainsi, le film n’émane pas d’une histoire unique, mais plutôt de plusieurs récits authentiques.

Le film parle de solidarité entre les femmes, la sororité, fil conducteur du film, qui s’exprime également dans l’équipe de production exclusivement féminine. La réalisatrice souligne que cette collaboration a renforcé la connexion avec le sujet. La coproduction avec le Portugal a permis d’intégrer une équipe portugaise, notamment le talentueux directeur de la photographie Rui Poças, apportant une sensibilité essentielle au film.

Un film, une cause et une actrice époustouflante

La réalisatrice explique pour elle a choisi la danseuse Janet Novás pour le rôle principal. Au-delà de son talent, découle de la nécessité d’une présence physique incarnant la connexion avec la terre et le monde rural, renforçant ainsi l’authenticité du personnage de María.

Le projet se distingue par sa richesse thématique, son engagement historique et son souci de transcender les frontières, qu’elles soient linguistiques, culturelles ou temporelles. Le multilinguisme du film, passant du galicien au portugais et à l’espagnol, vise à transcender les barrières linguistiques, soulignant la proximité entre les cultures. La nature et les animaux, traités esthétiquement, deviennent des alliés contre l’oppression.

Le saviez-vous, O Corno fait référence à l’ergot du seigle, utilisé dans les accouchements et avortements.Il était utilisé pour accélérer les contractions lors de l’accouchement, mais clandestinement. En raison de ses propriétés utérotoniques, favorisant les contractions utérines, il servait aussi à provoquer des avortements Dans le film, ce titre fait également référence au monde animal, en particulier à la vache présente tout au long du film.

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Note : 3.5 sur 5.

27 mars 2024 en salle | 1h 45min | Drame
De Jaione Camborda | 
Par Jaione Camborda
Avec Janet Novás, Julia Gomez, Nuria Lestegás
Titre original O corno


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