Dans Les Chambres Rouges, Pascal Plante nous plonge dans un thriller captivant mettant en scène deux jeunes femmes obsédées par le procès très médiatisé d’un tueur en série. Chaque jour, elles se réveillent aux abords du palais de justice de Montréal, déterminées à obtenir la pièce cruciale qui pourrait définitivement incriminer le redoutable « Démon de Rosemont » : la vidéo manquante d’un de ses meurtres qu’il a lui-même filmés. Cette obsession les pousse à tout mettre en œuvre pour résoudre ce puzzle macabre.
Les « Red Rooms » en français chambres rouges, sont des espaces en ligne où des actes criminels ou violents sont diffusés en direct, souvent associés à des rumeurs.

Assez rapidement, on sent que le choix des actrices pour ce film revêt une importance cruciale dans la vision artistique de Pascal Plante. En optant pour des interprètes talentueuses et polyvalentes, le réalisateur transcende les stéréotypes habituels liés aux personnages féminins dans les thrillers du genre. La complexité psychologique de Kelly-Anne et de Clémentine requiert des actrices capables de naviguer avec subtilité entre différentes nuances émotionnelles.
Le film offre une perspective singulière en mettant en avant des personnages féminins non conventionnels, défiant ainsi les attentes du public. Le choix méticuleux des actrices contribue à renforcer l’impact narratif et à donner vie à des personnages qui dépassent les archétypes, enrichissant ainsi la dimension sociale et psychologique du film. Nous voyons tout de leur point de vue, c’est déstabilisant, perturbant.

Juliette Gariepy et Laurie Fortin-Babin sont les deux révélations de ce film. Chacune possède un jeu à la fois stupéfiant et criant de réalisme.
Deux femmes :
Le réalisateur dévoile le quotidien de Kelly-Anne (Juliette Gariepy), une jeune femme difficile à cerner. Elle est modèle, geek et une joueuse redoutable en ligne. Son personnage est complexe à comprendre, car il se compose de plusieurs facettes. Elle est obsessionnelle et possède une maitrise totale de ses émotions.
Le rythme du montage et du récit est soutenu, donnant sans cesse l’impression d’être dans l’incompréhension totale de la situation. Le film parle certes de cette fascination pour les tueurs en série, mais cherche surtout à montrer la noirceur de l’âme humaine et à quel point il ne faut jamais se fier aux apparences.
À ses côtés, Clémentine (LAURIE FORTIN-BABIN), qui est fascinée par ce tueur en série, mais contrairement à Kelly-Anne, elle est dans le partage total de ses émotions et semble croire pertinemment à l’innocence de cet homme accusé. Le réalisateur dévoile peu à peu des indices sur Kelly-Anne qui n’est pas fascinée, mais comme obsédé par cet homme en allant jusqu’à prendre l’apparence, les caractéristiques physiques de ces jeunes filles qu’il a tuées. Au fil du récit, on se rend compte qu’elle a plusieurs cartes en mains que Clémentine ne possède pas et malgré cela, elle continue à avoir une fascination pour ce tueur en série.
Les tueurs en série et les « true crimes ».
La fascination morbide pour les tueurs en série constitue un phénomène largement sous-étudié malgré la prolifération de films et séries classés sous l’étiquette « serial killer ». Selon l’Internet Movie Database (IMDb), plus de 5 000 productions abordent ce thème, atteignant aujourd’hui un paroxysme avec la popularité croissante des séries de « true crime » sur les plateformes de streaming. Pascal Plante, cinéaste, s’interroge sur l’attraction magnétique que des femmes peuvent éprouver pour ces meurtriers, notant que même les criminels les plus abjects suscitent des admiratrices, comme en témoigne le cas de Charles Manson recevant des milliers de lettres.
Le réalisateur soulève une question complexe, incitant à explorer les motivations derrière cette fascination, tout en dévoilant son propre processus de recherche pour créer un tueur fictif ancré dans son époque, avec une réflexion sur les nouveaux médias et la cybersécurité.
Pour Pascal Plante, cette curiosité morbide trouve un écho dans la société contemporaine saturée d’images violentes, où la frontière entre fiction et réalité s’estompe. Il pointe du doigt la désensibilisation des spectateurs face à l’horreur quotidienne, s’interrogeant sur la popularité des vidéos de crimes et la « glamorisation » médiatique des tueurs.

La fascination pour l’horreur et le trash, les dangers sur le plan neuro-affectif
Le réalisateur met en lumière la capacité de la société à être « fascinée » plutôt que « dégoûtée » par des crimes odieux, remettant en question l’impact des médias dans la construction de ces figures criminelles, traitées comme des rockstars. Ce constat alimente sa démarche artistique dans la création de son film, conçu comme un contrepoint aux thrillers traditionnels du genre.
Selon des études, une similitude émerge entre la consommation excessive de pornographie et d’horreur : une désensibilisation progressive. La stimulation constante d’une zone cérébrale nécessite des images de plus en plus violentes pour susciter des émotions comparables à la première exposition. Cette adaptation souligne les implications potentielles sur la perception et la réaction émotionnelle, soulevant des préoccupations sur l’impact à long terme de la surconsommation d’un contenu visuellement intense.
En quelques mots, Pascal Plante choisit délibérément de mettre en avant le point de vue féminin, écartant le tueur pour adopter celui de Kelly-Anne, une protagoniste énigmatique aux motivations polymorphes. Le réalisateur s’éloigne d’un diagnostic psychiatrique simplificateur pour offrir un personnage complexe, refusant de l’expliquer par des éléments de son passé.
Le spectateur est invité à une fascination plutôt qu’à une identification avec Kelly-Anne, correspondant à sa propre fascination envers un tueur et ses victimes. Le langage cinématographique du film accompagne la psychologie changeante de Kelly-Anne, utilisant des mouvements de caméra pour refléter son évolution, de la méthodique et analytique à la paranoïa, créant ainsi une expérience cinématographique immersive et dérangeante. En sortant de ce film, il y a comme une tension, celle du pourquoi on aime voir des choses allant contre la morale, le bon, le bien ? Pourquoi aimons-nous les trash movies et tout ce qui est de plus en plus violent ?
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17 janvier 2024 en salle 1h 58min / Thriller
De Pascal Plante
Par Pascal Plante
Avec Juliette Gariepy, Laurie Fortin-Babin, Elisabeth Locas
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2 réflexions sur “Les Chambres rouges, le cinéma francophone Canadien fracasse le genre du thriller psychologique avec le nouveau film de Pascal Plante”