Un film tranchant et aussi brut que le quotidien de cette jeunesse composant avec des magouilles et des petits métiers. Garance Marillier incarne et donne un visage à cette génération en proie au désir de sortir des galères et voulant s’évader. Mais toute fuite ne sert à rien, car la fatalité rattrape toujours ceux qui participent à ce marathon infernal et épuisant sur un terrain miné menant à une pente glissante.

Une jeunesse d’optimistes désabusés
Mia ressemble à ces optimistes désabusés voulant sortir de la cité, vivant de petits boulots jamais très gratifiants. Ne souhaitant pas rester des victimes de la société, elles se refusent de continuer à faire les métiers lambda et rêvent de grandeur.
Malgré cet espoir sans faille, ces différentes combines vont peu à peu leur permettre de gagner un peu plus, mais jamais suffisamment pour vraiment quitter la zone. En se battant pour s’en sortir, ils actionnent le levier du marché gris où l’on cumule le black et les mi-temps déclarés.
C’est là que le piège se referme. Cette voie est le top départ d’une course contre-la-montre, et sans crier gare, on va peu à peu aller à une nouvelle précarité en étant en dehors du système. En effet, sans fiche de paie, il est difficile d’expliquer comment on peut payer telle chose, comment on peut avoir des fringues chaque semaine et sortir chaque soir. En mêlant activité au black et déclaré, ils n’existent plus et vont devoir être dans un mode de survie permanent.

Entre fatalité et absurdité
Tel un mythe de Sisyphe des temps moderne, chacun des pas de Mia la ramènent au même endroit, comme si rien n’avait changé. Cette héroïne, comme tant bien d’autres, se battent contre une forme de déterministe social, une malédiction à la Zola. Ils veulent casser le plafond de verre, cumulent des heures de travail avec comme fantasme de pouvoir sortir de leur condition social. Mia a beau fuir l’image de sa mère et se dire meilleure qu’elle, elle terminera au même endroit avec un homme n’arrivant pas à s’en sortir par lui-même.
Chacune des chutes, chacune des erreurs ramènent toujours ces optimistes à la case départ. Blessés et encore plus démunis, ils devront revenir sous le joug des regards de ceux qui n’ont jamais essayé.
Rue des Dames est probablement l’un des meilleurs films à caractère social, car il ne ment pas. Il décide de montrer des femmes et des hommes voulant atteindre la lumière, mais le rêve américain est toujours rattrapé par la réalité des normes socio-économiques et la rigidité de l’administration fiscale.
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13 décembre 2023 en salle / 1h 37min / Drame
De Hamé Bourokba, Ekoué Labitey
Avec Garance Marillier, Bakary Keita, Sandor Funtek
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Une réflexion sur “Rue des Dames, Mia envers et contre tous. Le déterministe social et le rêve de casser le plafond de verre.”