L’enfant du paradis est marquée par une réalisation soignée de Salim Kechiouche, qui incarne également le rôle principal du film. Il forme à l’écran avec Nora Arnezeder un couple explosif. Un sans-faute à couper le souffle.
Salim Kechiouche exprime dans sa note d’intention le désir de créer un film naturaliste et réaliste, ancré dans des dialogues authentiques évoquant l’improvisation. Malgré des ressources limitées, il insuffle toute son énergie passionnée dans cette première expérience, aboutissant à la finalisation du film. Celui-ci trouve sa genèse dans la tragédie de l’acteur Yasmine Belmadi, ami d’enfance du réalisateur, décédé dans un accident en 2009 après son dernier rôle dans Adieu Gary.
Le titre, « Les Enfants du paradis, » rend hommage au film de Marcel Carné, favori du regretté ami, établissant un lien symbolique avec la mort et l’aspiration à un paradis théâtral. En tant que réalisateur et acteur principal de son premier long-métrage, l’artiste polyvalent a marqué le cinéma avec des rôles notables, allant de La Vie d’Adèle à des séries telles que Engrenages et Braqueurs, tout en se préparant pour de nouveaux projets prometteurs.

Un film sur l’absence d’un parent
Un film sur le poids de l’absence d’un père ou d’une mère dans la construction de l’Être à l’âge adulte.
Nous avons deux adultes en quête de reconnaissance et d’amour : l’une est chanteuse et l’autre acteur/comédien. Ils exercent des métiers de lumière où l’on se met en avant, où l’on a un besoin d’exister par le public et à travers la reconnaissance. Peut-être comme un moyen de se convaincre continuellement de sa valeur, car une part intérieur manque quelque chose que l’on doit sans cesse alimenter. En psychanalyse et psychologie, on dénomme cela par le terme de faiblesse narcissique*.
Pourtant, ils n’ont manqué de rien à travers cette grand-mère qui a joué le rôle de substitut, mais quelque chose est enraillé chez eux, les empêchant de faire confiance aux autres et d’avoir confiance en eux-mêmes. Ils se sentent faux, ils se sentent non légitimes ou méritantes d’un peu de reconnaissance et d’amour. Il y a l’impression globale de jouer un rôle permanent et que les autres leur mentent.
Yazid se bat au quotidien contre ses démons, cette impression perpétuelle de ne jamais suffire. Accusant les autres d’être responsable de son malheur, il finit toujours par s’autos abotter et sombrer. Comment parvenir à aimer et faire confiance aux autres lorsque l’on a le sentiment de ne jamais être en adéquation avec le monde ?
Perdre une mère ou un père, c’est se battre à jamais contre le désir d’accomplissement et l’impression que tout ce qu’on fera ne sera jamais assez. Il y a une cristallisation d’une attente et d’un désir de réussite. Ce manque perpétuel produit souvent à une instabilité ou un surinvestissement dans les activités du quotidien.
Certaines personnes vont développer des comportements d’addiction ou être sans cesse dans la recherche de l’excès. Se sentir vivant pour essayer de combler un manque. L’enfant du paradis, ce n’est pas la quête perpétuelle de l’amour, mais de preuves qu’on est aimé. Un peu comme si quitter le cocon du paradis et de l’innocence, rendait instable notre propre existence en ce monde.
_____________
6 décembre 2023 en salle / 1h 12min / Drame
De Salim Kechiouche
Avec Salim Kechiouche, Nora Arnezeder, Hassan Alili
*La faiblesse narcissique se manifeste par un besoin excessif d’admiration et une absence d’empathie envers les autres, masquant fréquemment une vulnérabilité sous une façade d’arrogance. Les individus présentant cette faiblesse peuvent être obsédés par leur image, recherchant constamment la validation et réagissant de manière hypersensible aux critiques.
En savoir plus sur Direct-Actu.fr le blogzine de la culture pop et alternative
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.


Une réflexion sur “L’enfant du paradis, quand on brule la chandelle par les deux bouts”