MARS EXPRESS, une dystopie de la déshumanisation par les AI


Mars Express décrit un monde en 2200 à la fois étrange et effrayant. L’immortalité est presque à portée de main, à condition d’accepter de devenir des cyborgs. Jérémie Périn propose une enquête sombre, mêlant hacking et machinations.

C’est un récit d’anticipation qui rappelle à quel point l’Humanité est sur une pente glissante si elle se laisse séduire par les sirènes de l’IA et de l’hybridation de son corps avec des machines. Il est essentiel de ne pas oublier le rapport d’interdépendance qui se joue entre l’humanité et l’algorithme, évoquant un équilibre fragile entre maîtrise et servitude.

Un monde où la douleur est temporaire :

Ce qui peut être inquiétant et aussi fascinant, c’est cette capacité de la technologie à pouvoir faire des sutures à base de peau ou matière organique. Ainsi, nous ressortons comme nouveau, comme si aucune blessure n’avait eu lieu.
Ce qui peut aussi être effrayant, c’est cette technologie permettant de dupliquer la conscience d’un être humain et de la déposer dans une machine. Un peu comme dans Creator, l’Humanité peu à peu se déplace dans une machine, qui elle-même est apte à la fois à des prouesses et aussi des stupidités.

Un programme reste un programme exécutant ce pourquoi il a été conçu, pourtant, le réalisateur parle de libération, de possibilité à la machine de prendre conscience de ses barrières et de s’en libéré. Là où la folie prend son chemin, c’est dans la nuance du bien et du mal qui semble totalement arbitraire et dépourvue de toute émotion. Cette même question est quotidienne dans la possibilité de mettre sur le marché à l’échelle mondiale des voitures autonomes qui fera des choix en cas d’accident imminent.

Comme dans toute dystopie, ce film rappelle combien il faut faire attention avec la technologie, en être le maitre signifie un rapport avec un esclave et la frontière est souvent mince et illusoire :

L’idée maîtresse réside dans la mise en garde contre une utilisation aveugle de la technologie. En érigeant la technologie en maître, le film explore la dynamique de pouvoir émergente, soulignant que cette maîtrise peut rapidement dériver vers une relation de servitude complexe et insaisissable. Les avancées technologiques, loin de libérer, créent des liens invisibles, exposant la fragilité de la frontière entre contrôle et soumission.

Le film offre une méditation approfondie sur la manière dont l’homme, en cherchant à dompter la technologie, peut se retrouver piégé dans un réseau de relations ambiguës et potentiellement oppressives. Ici, les développeurs sont les nouveaux dieux de ce monde.

Ce constat et cette situation incitent à une introspection sur notre dépendance à la technologie, soulignant la nécessité d’établir des limites pour éviter de sombrer dans une servitude insidieuse. Ainsi, le film va au-delà de l’avertissement conventionnel pour dévoiler les complexités morales et éthiques d’une société en proie à une révolution technologique constante. Elle rappelle combien la notion de Bien et de Mal, de Vie et de Mort sont au cœur de l’avenir de notre espèce vouée à la mortalité.

L’esthétique de Jérémie Périn

Le réalisateur français Jérémie Périn dès sa scène d’ouverture propose de dévoiler sa capacité à dessiner des personnages à l’anatomie réaliste, peut-être pour contrebalancer avec ses androïdes difformes avec des proportions étranges. Entre réalisme et japonisation du character design, il propose une oeuvre qui plaira aux fans d’Evangelion et Cowboy Bepop.

Le réalisateur adopte un style épuré, marquant graphiquement un réalisme neutre qui s’adapte harmonieusement aux différents tons du film, oscillant entre moments sombres et comiques, sans dévoiler prématurément les intentions dramatiques. Cette approche esthétique se transpose également dans l’habillage sonore, où chaque élément sonore contribue à immerger le spectateur dans un univers crédible.

Le premier film de Jérémie Périn après une carrière remarquable dans la série d’animation

Le film a été présenté au cinéma de la plage lors du Festival de Cannes 2023, il marque la première incursion dans le long métrage de Jérémie Périn, un réalisateur ayant précédemment œuvré sur des épisodes de séries animées, dont le remarqué Last Man.

S’inspirant des injonctions cybernétiques du Cycle des Robots d’Isaac Asimov, l’univers de Mars Express explore des lois robotiques fondamentales, édictant notamment qu’un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni permettre qu’il soit exposé au danger.

S’appuyant sur une rigueur scientifique, le récit se construit avec la volonté de projeter de manière cohérente notre présent dans un futur lointain. Jérémie souligne l’importance de maintenir cette rigueur tout en offrant un film ludique, porté par des héros attachants, destiné à séduire aussi bien les amateurs de science-fiction adultes que les adolescents. Le réalisateur insiste sur la nécessité de créer une œuvre divertissante, tout en respectant les fondements scientifiques pour offrir une expérience captivante aux spectateurs.

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Note : 4 sur 5.

22 novembre 2023 en salle / 1h 25min 
AnimationScience FictionAction
De Jérémie Périn
Par Jérémie PérinLaurent Sarfati
Avec Léa DruckerMathieu AmalricDaniel Njo Lobé


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