En France, il est difficile de proposer des films de genre, car bien souvent le public est frileux et les réalisateurs français peinent à proposer des projets ambitieux qui soient acceptés.
Ici, nous avons le droit à une photographie d’enfer signée Alain Duplantier. Le scénario est simple et prévisible, cependant les personnages arrivent à nous embarquer dans cette destination périlleuse.
Quant au casting, un sans-faute : Marc Riso, Thomas Salivéres au top. Amir El Kacem une grande découverte et Samuel Le Bihan parfait

Un film d’horreur d’un passionné du cinéma de genre :
L’univers cinématographique de « Gueules noires » s’inscrit dans une trilogie explorant le thème du survival, aux côtés des précédents films « Hostile » et « Méandre« . Réalisé par Mathieu Turi, ce troisième volet s’attaque à la claustrophobie sous un nouvel angle, en mettant en scène un groupe de personnages confrontés à un environnement oppressant dans les galeries de mines de calcaire s’étendant sur 5 km. Contrairement à « Méandre » où l’histoire se concentrait sur un personnage cloîtré.
Le choix des années 50 :
Le choix des années 1950 pour le cadre de l’intrigue s’est avéré essentiel pour mélanger l’univers de Lovecraft à celui de la mine. Ce contexte postérieur à Germinal offre une toile de fond propice pour explorer le milieu des mineurs en pleine transition, avec l’introduction de nouvelles technologies et des vagues migratoires nord-africaines.
On retrouve tous les codes déjà mis en avant par Zola, nous sommes face à une révolution technologique où l’Homme devient un maillon de la chaîne nécessaire pour faire tourner des machines. Le traitement esthétique très brut et pourtant raffiné provoque une forme d’explosion de nos sens quand arrive l’étrangeté que représente ce monstre.
Le réalisateur a créé un univers cohérent en développant une civilisation fictive, dotée de rituels, d’un alphabet runique et d’une divinité mystérieuse. De plus, tout fut créé de manière cohérente, les décors et les écritures, inspirés de l’écriture viking, ont été soigneusement conçus pour évoquer cette civilisation ancienne, tout en restant fidèles à l’atmosphère du Nord-Pas-de-Calais et de l’Europe du Nord.

Des effets spéciaux artisanaux et des acteurs entraînés :
Pour préparer les acteurs au rôle, Mathieu Turi les a immergés dans l’univers des mineurs en visitant un musée de la mine, en les confrontant à des descendants de mineurs, et en les faisant passer six semaines dans des galeries souterraines. Cette expérience les a rapprochés et a contribué à renforcer leur jeu d’acteur, en les familiarisant avec le milieu sombre et humide des mines. Les lieux de tournage, notamment l’Arenberg Creative Mine, ont fourni des décors authentiques, éliminant le besoin d’incrustations numériques, tout en offrant un environnement réaliste pour les acteurs.
Le film se démarque aussi par son utilisation d’effets spéciaux artisanaux, à l’image des films de John Carpenter. Les décors concrets, les créatures et les explosions ont été créés sans l’aide de fonds verts, favorisant l’immersion des acteurs.
Les lampes frontales utilisées pour l’éclairage ont été spécialement conçues pour donner au film son esthétique unique, et les acteurs ont été initiés à leur utilisation, ajoutant une dimension interactive à la création de l’éclairage sur le plateau. L’ensemble de ces choix cinématographiques a contribué à créer un univers visuellement impressionnant et angoissant pour les spectateurs.
La destruction de la cohésion du groupe :
Le film se penche sur la dynamique de groupe et la désintégration de ce dernier, insérant l’intrigue dans le contexte d’une mine. L’objectif dévoilé par le réalisateur était de créer une expérience cinématographique immersive et angoissante, inspirée par le cinéma américain des années 80, tout en présentant des acteurs français dans des rôles inédits.
On a beaucoup aimé cette déconstruction du Soi social pour revenir à un côté primaire révélant le vrai visage qui se cache derrière notre attitude insufflée par le monde et ses conventions sociales.
Il y a également ce retournement par lequel le faible devient le plus fort et où les plus forts n’arrivent plus à s’affirmer.
Il est important de souligner que ces groupes qui descendaient dans les mines reposaient sur une dynamique de pouvoir forte avec ses codes presque militaire. La hiérarchie était bien établie. Au sommet se trouvaient les directeurs et ingénieurs, suivis par les contremaîtres et les chefs d’équipe. Les mineurs, au bas de la pyramide, effectuaient le travail physique pénible. Chaque échelon avait ses responsabilités et ses rôles précis, créant une structure rigide dans cet environnement industriel. Comprendre ce cadre de vie professionnelle permet de mieux saisir l’effondrement brutal des valeurs au sein du groupe face à un danger de mort imminente.
Le film Gueules noires met en avant deux dangers, celui que représentent les hommes en pleine angoisse et celui que représente un monstre qui nous tient à sa merci. Dans la peur et la précipitation, nous sommes capables de faire les pires atrocités et faire des actes irraisonnables. Un film révélant la Bête Humaine sous son jour le plus sombre.
Quelques mots sur les métiers des Mines :
Les mineurs ordinaires formaient la base de la hiérarchie. Ils étaient divisés en différents métiers, tels que les « abatteurs » chargés d’abattre la roche, les « boiseurs » responsables de l’étayage des galeries, et les « hercheurs » qui creusaient de nouvelles galeries. Les conditions de travail étaient extrêmement difficiles pour ces mineurs, exposés à des risques considérables liés aux effondrements, à la poussière de charbon et aux gaz toxiques. En bas de la hiérarchie se trouvaient les « galibots », des enfants souvent très jeunes employés pour effectuer des tâches simples, comme le transport de charbon. Cette pratique était controversée et a été interdite progressivement au fil des décennies.
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15 novembre 2023 en salle / 1h 43min / Aventure, Fantastique
De Mathieu Turi
Par Mathieu Turi
Avec Samuel Le Bihan, Amir El Kacem, Jean-Hugues Anglade
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