Déménagement, la rupture filmée à hauteur d’enfant


Ce film émouvant aborde le paradoxe de la reconfiguration d’une famille et du divorce à travers le regard de la jeune Renko. Le réalisateur parvient à nous immerger dans la vie quotidienne de la famille Urushiba sans jamais porter de jugement. Nous suivons les dérives d’une jeune fille et les différentes tentatives de rétablir les liens familiaux.

Les paradoxes de la complexité de la reconstruction d’une famille

Le film ne se concentre pas uniquement sur la rupture, mais également sur la réorganisation de la famille et ses efforts pour trouver un nouvel équilibre. Ce qui rend ces efforts particulièrement paradoxaux, c’est le désir de ramener les choses à leur état antérieur, ce qui s’avère impossible puisque chaque membre du couple a évolué et n’est plus la même personne qu’au début de la relation.

Pour reconstruire véritablement quelque chose, il faut faire le deuil de la relation passée et la considérer comme le début d’une nouvelle histoire à écrire. Des années ont passé, et les attentes du couple ne sont plus les mêmes. Cependant, comme c’est souvent le cas dans les séparations, l’enfant, en l’occurrence Renko, demeure le lien entre deux individus qui vivent désormais à des pôles opposés.

L’enfant au cœur d’une bataille

Le plus difficile dans cette situation est de voir les supplications de Renko se retrouvant plongée dans le monde des adultes. Le réalisateur parvient à capturer ce désir latent d’une enfant en pleine dérive, souhaitant grandir plus rapidement pour combler le vide en s’investissant davantage dans les tâches ménagères.

Pour illustrer le parcours et l’évolution de Renko, on observe qu’au début, elle se comporte comme une enfant épanouie, pleine de certitudes sur la vie quotidienne, un peu comme une « je-sais-tout ». Cependant, avec l’établissement d’un contrat et de règles pour la répartition des tâches ménagères, elle commence progressivement à se désinvestir de ce foyer ayant explosé.

Entre réalisme et Nouvelle Vague : filmer les émotions sans les dire

Le réalisme du film Déménagement se démarque par sa délicate capacité à saisir les émotions des personnages, en particulier de la jeune Renko, tout en traitant de manière subtile le thème du divorce et de son impact sur les enfants. L’œuvre offre une perspective intime sur les conséquences de la séparation des parents à travers le regard d’une pré-adolescente de onze ans, ici interprétée de manière exceptionnelle par Tomoko Tabata.

Shinji Somai réussit à communiquer le malaise de Renko, qui réagit à la situation en s’enfuyant fréquemment, privilégiant l’expression émotionnelle à travers l’interprétation des acteurs plutôt que des dialogues excessifs. Le jeu des acteurs est remarquable, contribuant à la crédibilité des émotions des personnages. Certaines séquences montrant de longs silences, la tentation de retrouver du sens au mot famille à travers ses grands-parents. Le film arrive à montrer comment une ado va devoir reconfigurer l’ensemble de son monde pour réussir à se construire en tant qu’individu et non « l’enfant de ».

Une surcouche d’onirisme

Le film se distingue par sa poésie et son onirisme, se démarquant des autres œuvres abordant le même sujet. Shinji Somai parvient à représenter de manière unique les errances de Renko et son évasion de la réalité, créant une atmosphère envoûtante. Le réalisme magique imprègne le film, en particulier dans sa deuxième partie, où les frontières entre le rêve et la réalité s’estompent, offrant des scènes silencieuses et captivantes. Le film se termine avec quelque chose hors du temps, hors du réel en ajoutant des détails subtils et d’éléments fantaisistes.

Malgré quelques moments où le symbolisme peut sembler à côté du reste très réaliste, Déménagement parvient à saisir l’essence des émotions de ses personnages en utilisant la mise en scène pour illustrer les dynamiques relationnelles et les liens fragiles entre les protagonistes.

Le film se transforme en un mélodrame où l’observation minutieuse du comportement des personnages permet au spectateur d’être le témoin de la situation vécue par Renko. Le message du film réside dans l’importance de l’acceptation de soi, soulignant que pour construire une communauté solide par le retour à ses racines à travers la reconstruction du lien avec ses grands-parents. Dans toute séparation, dans toute réconciliation, il est essentiel de s’accepter soi-même.

Déménagement de Shinji Sōmai est une belle réalisation qui ne laisse personne insensible. Un film sur le courage d’une jeune fille, d’un père qui s’est perdu et s’est retrouvé et le mythe d’une réconciliation dans laquelle tout redeviendrait comme avant.

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Note : 5 sur 5.

25 octobre 2023 en salle / 2h 04min / Drame
De Shinji Sōmai
Par Satoko Okudera
Avec Tomoko TabataJunko SakuradaKiichi Nakai
Titre original Ohikkoshi


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