Une belle surprise de cinéma de genre qui met en avant les légendes hindoues empreintes aux superstitions et à la peur des démons. Ce Folk Horreur a l’avantage d’être réalisé par Bishal Dutta un réalisateur d’origine indienne. La sortie s’annonce explosive à quelques semaines de la fête de Ganesh se célébrant le 27 août 2023, l’une des dates les plus importantes du calendrier indien !

Le film est assez sympathique et on passe de bons moments. En effet, il est tellement rare de découvrir des films exploitant la mythologie Hindou, habituellement la Folk Horror se cantonne aux pagans, à la mythologie nordique ou japonaise/chinoise.
L’influence de la culture, du milieu sur les peurs.
Le film rappelle combien la Culture influence nos peurs, nos croyances et nos psychopathologies. De même, il est intéressant de rappeler que ces mêmes mythèmes vont également se nourrir de notre regard culturel.
Un peu comme cette fameuse culture et la somme de nos peurs, le démon de ce film dévore nos peurs et nos craintes, a besoin d’isoler sa proie et veut peu à peu avoir plus d’emprise sur elle. L’Inde est un pays aux croyances vivaces, dans le folklore hindouisme tout est fondé sur des guerres et des batailles.
L’Inde incarne une richesse spirituelle profonde où les croyances et le folklore hindouisme s’entremêlent dans un récit épique de démons et de dieux en perpétuelle confrontation. Au cœur de cette mythologie foisonnante, des guerres titanesques et des batailles cosmiques façonnent le tissu même de l’univers. Les démons, tels que le redoutable Ravana, dépeint comme un être aux dix têtes, et l’astucieux Mahishasura, doté d’une forme de buffle dévastatrice, incarnent la négativité et le chaos. Face à eux, se dressent des dieux tels que Rama, une incarnation de Vishnu, et la déesse Durga, symboles de vertu et de justice.
Les mythes hindous racontent comment ces divinités émergent pour restaurer l’ordre cosmique en défiant les forces du mal. Chaque bataille transcende le plan terrestre pour évoquer des significations profondes, évoquant la lutte intérieure entre les désirs humains et la quête spirituelle.

Le folklore hindou souligne la dualité omniprésente entre le bien et le mal, illustrant comment les combats tant extérieurs qu’intérieurs sont essentiels à l’équilibre du monde et à l’évolution de l’âme. Inside rappelle combien le mal est partout, combien il se nourrit et pourquoi il est essentiel de le connaître pour ne pas se faire dévorer.
La figure de la jeune fille
Le film s’amuse avec les figures archétypes de la jeune fille venant d’un milieu très croyant. On a pensé au film L’Exorcisme d’Emily Rose, ou encore plusieurs films usant de ce personnage d’ado en quête de sens et voulant s’émanciper de ses traditions. Mais la confrontation au mal va peu à peu la remmener sur le chemin de la maison. Dans le Rite, cette idée est également utilisée pour montrer comment le Malin aime se cacher parmi les Hommes pour attendre le moment propice.
Les deux adolescentes sont incarnées par Megan Suri dans le rôle de Sam / Samidha et Mohana Krishnan dans celui de Tamira, la jeune fille au bocal ! On l’a trouvé mignonne bien qu’effrayante, se promenant avec son bocal et nourrissant son monstre comme on nourrissait nos tamagotchi ! Le réalisateur parvient à illustrer à quel point les liens avec notre culture sont difficiles à rompre et comment ils parviennent à nous rattraper. Ce film évoque une sorte de thérapie de choc pour un Indien confronté à la Pop Culture américaine depuis son plus jeune âge. Il porte ses propres peurs, transmises par sa famille et les anciens, mais doit aussi composer avec les figures des dames blanches et de Freddy Krueger. Inside se présente comme une Folk Horror ancrée dans les codes américains, comme si Astérix partait explorer l’univers des Indiens ou des Incas. C’est saisissant, et on ressent avant tout une passion ardente pour ce genre cinématographique !

Au fil des évènements, comme un égrégore, le mal va peu à peu se matérialiser et prendre forme. La peur a un grand pouvoir sur la pensée créatrice et peu à peu l’ensemble des peurs du groupe vont créer quelque chose d’incontrôlable. Que ce soit un délire collectif, la paranoïa ou simplement un biais de croyance très impactant, on va agir et interpréter les signes ou des détails.
Inside joue sur les codes, et on se pose cette question pourquoi les vampires n’ont pas de reflet alors que les esprits et les démons se reflètent systématiquement dans les miroirs ? Pourquoi cette obsession des miroirs, l’âme est-elle la condition Sine qua non ou bien ce lieu commun est devenu un moyen peu original de créer un effet de surprise ?!
Un bon film mais oui…
Quoi qu’il en soit, le réalisateur aime faire bouillir le spectateur et il faudra attendre la 56e minute pour voir apparaître la main du monstre. Aurez-vous le courage ou la patience ? Pour ce qui est de notre rédaction, elle a plus qu’aimer ce film ! Même si le cinéma de genre ne trouvera pas une grande innovation avec Inside, le film arrive tout de même à nous faire passer un bon moment, sans pour autant nous empêcher de dormir.
La barrière culturelle entre le spectateur occidental et ce monstre hindou restreint énormément notre capacité à nous projeter dans une confrontation. Il est difficile de l’imaginer débarquer au lycée de notre quartier, ou de le voir débarquer à la salle détente d’un co-working. De même, la fin n’est pas assez ouverte et limite notre imagination à se projeter sur une suite ou un danger à venir.
______________
6 septembre 2023 en salle / 1h 39min / Epouvante-horreur
De Bishal Dutta
Par Bishal Dutta
Avec Megan Suri, Neeru Bajwa, Mohana Krishnan
Titre original It Lives Inside
En savoir plus sur Direct-Actu.fr le blogzine de la culture pop et alternative
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

