Anti-Squat, la vie des gens qui passent


Probablement l’un des meilleurs films sur le monde de l’immobilier véreux. Il lève le voile sur les coulisses d’un système souvent idéalisé. Issu des pays nordiques, il n’est finalement pas si loin de la pratique des marchants de sommeil.

En ce qui concerne Louise Bourgoin, son interprétation captivante confère une identité palpable aux invisibles et aux boucs-émissaires d’un système où l’exploitation mutuelle règne en maître.

Le film dévoile comment se passent les entretiens d’embauche dans ce monde opaque du nouvel immobilier. Là, on parle de plusieurs grades de métiers comme Resident manager, le nouvel anglicisme du métier de concierge ! Pour trouver des résidents qui n’auront aucun droit, car ils ne sont pas locataires, on se jette sur des personnes sans enfants, sans attache, en leur imposant également un contrôle de leur présence.
Ce nouveau système de surveillance par des résidents est un masque à la précarité, où chacun est filmé à son insu comme dans un gros Big Brother sans aucun gros lot à gagner.

Une fable sur les gens qui passent. Le film dévoile un processus de sélection visant à entraver toute cohésion entre les résidents. Sans liens, les discussions concernant leur quotidien et leur situation deviennent plus difficiles. Parmi ces travailleurs, certains ressemblent à Julie (Laure Calamy) dans « A plein temps. » Ces individus vivent en banlieue, devant accomplir des marathons quotidiens pour être à l’heure au travail tout en rentrant à temps pour leur vie de famille.

Le film illustre également le glissement qui survient lorsqu’une personne sacrifie son humanité ou du moins réprime ses scrupules pour survivre dans cette jungle. Le parallèle avec De battre mon cœur s’est arrêté, qui traite aussi de l’immobilier véreux, est frappant. Ici, l’hypercapitalisme conduit à la réduction des coûts de surveillance des bâtiments. Alors qu’une société anti-squat traditionnelle coûte environ 20 000 € par an, cette solution de surveillance par les occupants ne revient qu’à 5 000 € par an. Ces occupants sont tenus de prendre soin des lieux, d’entretenir les parties communes et les espaces verts sous peine d’exclusion.

Si l’on devait extraire une phrase du film pour résumer son essence, ce serait :
« Ça ne me convient pas, on s’adapte. » :
De nombreux Franciliens endurent un calvaire dans les transports et dans des logements insalubres sans rien dire, faute de moyens pour changer de situation et en raison de risques plus grands que les bénéfices hypothétiques. Chacun vit dans l’illusion d’une situation temporaire, et lorsqu’une issue se dessine, l’accession à une classe sociale supérieure s’obtient au prix de nombreux sacrifices.

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Note : 5 sur 5.

6 septembre 2023 en salle Drame
De Nicolas Silhol
Par Nicolas SilholFanny Burdino
Avec Louise BourgoinSamy Belkessa

La Protection par Occupation : elle est vendue comme une solution économique de sécurité pour les biens immobiliers vacants. Une solution rentable, flexible et de qualité pour les propriétaires. Les résidents bénéficient d’un logement abordable, mais sont soumis à des règles. Le processus débute par une évaluation et une offre personnalisée, suivi d’une sélection minutieuse de gardiens/résidents temporaires parmi divers profils professionnels. Les résidents vivent sur place, subissent des contrôles réguliers et respectent les règles établies. Sans engagement de durée, la récupération du bien est possible à tout moment. En théorie, les sociétés sont dans l’obligation de proposer une autre résidence.


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