Faire un film sur l’un des papes les plus sombres de l’église Romaine est quelque chose d’audacieux. Le casting est bien trouvé et la photographie excellente. Le film propose une critique de la religion catholique sans pour autant aller dans l’excès. Même si, ce qui est montré peut choquer le spectateur, le réalisateur Marco Bellocchio arrive à mettre en place un rythme dans son récit pour passer d’une séquence lourde à une séquence plus légère.

Nous suivons silencieusement ces sériés d’enlèvements d’enfants juifs baptisés de force. Entre mensonges et chantage, l’Église détruit des familles dans le but d’accroître son influence sur une Italie encore fragmentée en plusieurs régions.
Le film met en évidence le fanatisme ainsi que la construction d’un fantasme autour du Christ et de la Sainte Vierge. Les enfants prient inlassablement, attendant des miracles qui ne se réalisent jamais. À travers cette affirmation, le réalisateur souligne la condition du fidèle qui est souvent tenu pour responsable de ses échecs et de ses souffrances.
Les enfants sont enfermés dans un huis clos où la question de la foi est omniprésente. Ils développent un fantasme autour du Christ et de sa capacité à venir en aide à ces jeunes qui se sentent abandonnés dans leur foi.
La scène de la dé-crucifixion du Christ revêt une symbolique puissante. Entre délire mystique et transe, le protagoniste se dirige vers un point de non-retour où il accepte en quelque sorte son destin et se détache définitivement de sa famille.

L’affaire Mortara sur le plan historique
L’affaire Mortara a réellement existé et s’est déroulée sous le règne du pape Pie IX au moment où l’influence de l’Église commençait à décliner. Lors de l’annonce de la béatification du pape Pie IX par Jean-Paul II, cela a suscité une vive controverse en raison du rappel de la collaboration du pape dans cette affaire.
L’affaire est survenue au milieu du XIXe siècle et a été un événement historique marquant. En 1858, dans la ville de Bologne en Italie, un enfant juif nommé Edgardo Mortara a été enlevé par des autorités catholiques, sous prétexte de son baptême clandestin par une servante catholique. L’enfant a été arraché à sa famille juive et élevé comme un catholique.
Cet enlèvement a provoqué une indignation internationale, car il symbolisait l’intolérance religieuse et l’ingérence de l’Église dans les affaires familiales. L’affaire Mortara a été un exemple frappant de la façon dont l’Église catholique cherchait à maintenir son pouvoir et à convertir les non-catholiques, même au détriment des liens familiaux.
Lorsque Jean-Paul II a annoncé la béatification du pape Pie IX en 2000, cela a ravivé les débats sur l’affaire Mortara. Pie IX a été le pape à l’époque de l’enlèvement de l’enfant, et sa décision de soutenir l’enlèvement a été critiquée pour son manque de respect des droits humains fondamentaux. La béatification du pape a donc été perçue par certains comme une glorification d’une figure controversée.
Soulignons que l’affaire Mortara a également été un catalyseur pour la promotion des droits de l’homme et de la liberté religieuse. Elle a contribué à la remise en question du pouvoir de l’Église et a renforcé les mouvements en faveur de la laïcité et de la séparation entre l’Église et l’État.
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25 octobre 2023 en salle / 2h 15min / Drame
De Marco Bellocchio
Par Marco Bellocchio, Susanna Nicchiarelli
Avec Paolo Pierobon, Enea Sala, Leonardo Maltese
Titre original Rapito
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