Le réalisateur Nuri Bilge Ceylan axe son film autour de la notion du bien et du mal. En Turquie, cette dichotomie est omniprésente et le pays lui-même est situé entre deux mondes , celui de l’Orient et de l’Europe. D’ailleurs toute la photographie du film joue sur ces contrastes entre l’extérieur vaste et blanc et l’intérieur sombre et étroit.

Ce qui vient bouleverser cet équilibre est l’arrivée de Nuray ! Elle est à la fois sombre, forte et fragile à la fois. Elle n’est pas de ce monde manichéen, mais évolue dans un monde fait de nuances de gris. Samet va donc devoir reconsidérer sa façon d’être…
Cette remise en question totale de ce quotidien qui donne toute la force et la beauté à ce film turc. Sa poésie rappelle énormément celle du roman La tristesse des anges. Il nous plonge dans une quête existentielle où le réalisateur magnifie l’ensemble avec une séquence dans laquelle il vient briser le quatrième mur.
Nous sommes ainsi confrontés à une remise en question de la réalité, de l’acteur et de la vérité. Cette scène est insérée dans un contexte de séduction, mettant en évidence la notion de jeu d’acteur. Sommes-nous tous acteurs dans un spectacle ou dans un long métrage ? Quoi qu’il en soit, comme le dit Samet, il y a les réponses que l’on veut entendre et celles qui sont vraies.
Le réalisateur souligne la difficulté de vivre en Anatolie, d’être isolé et peu à peu sombrer dans le Nihilisme. Entre Existentialisme et Nihilisme, dans ce lieu désert et froid, l’Homme doit survivre, du moins le petit fonctionnaire du ministère de l’Éducation. Dans la mesure où l’existentialisme embrasse la liberté individuelle et l’engagement personnel, tandis que le nihilisme offre une perspective critique sur les constructions sociales et les normes établies. Dans un monde troublé et incertain, les individus peuvent choisir de trouver un sens personnel à leur existence tout en remettant en question les structures et les croyances préexistantes. Même si rien ne semble conduire à quelque chose de calme et rassurant, l’individu peut trouver une certaine forme de liberté et de signification dans cette tension entre l’existentialisme et le nihilisme. Samet va peu à peu déconstruire ses préjugés pour peu à peu trouver un sens à ces épreuves qu’imposent la précarité et la solitude.
Ce film a obtenu le Prix d’Interprétation Féminine pour Merve Dizdar au Festival de Cannes 2023.
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12 juillet 2023 en salle / 3h 17min / Drame
De Nuri Bilge Ceylan
Par Nuri Bilge Ceylan, Ebru Ceylan
Avec Deniz Celiloğlu, Merve Dizdar, Musab Ekici
Titre original Kuru Otlar Üstüne
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