Oscarisée, Agnès Varda a «cru à une blague»


La réalisatrice Agnès Varda, reçoit ce samedi un Oscar d’honneur à Hollywood. «J’ai tout de suite décidé de ne pas en faire une patate : je porterai la même tenue qu’à Cannes !» confie-t-elle au Parisien, pour qui elle revient sur son parcours.

 

Elle nous reçoit dans sa maison du XIVe arrondissement parisien, juste avant de s’envoler pour Los Angeles. A Hollywood, Agnès Varda, 89 ans, cinéaste de la Nouvelle Vague, auteur de documentaires et de films intimistes, sera aujourd’hui la première réalisatrice au monde à recevoir un Oscar d’honneur. C’est Angelina Jolie qui lui remettra la statuette, trois mois avant la cérémonie officielle des Oscars. L’occasion pour l’ex-épouse de Jacques Demy de revenir sur sa carrière.

Comment avez-vous réagi en apprenant que vous alliez recevoir un Oscar d’honneur ?
Agnès Varda. Quand j’ai reçu ce coup de fil, j’ai cru que c’était une blague d’un copain de Los Angeles. Et puis j’ai compris que non. Alors j’ai tout de suite décidé de ne pas en faire une patate : je porterai la même tenue qu’à Cannes ! Ce prix me fait extrêmement plaisir : d’abord parce que c’est une récompense que je ne prends à personne, ensuite parce que mon cinéma va être mis en lumière alors que je n’ai pas fait de succès suffisamment commercial pour être récompensée lors des Oscars traditionnels. Le comité qui m’offre ce prix est différent : sans enjeu commercial, il peut se permettre d’être plus cinéphile. Depuis les années 1960, tous mes films sont sortis aux Etats-Unis et ont été bien accueillis. Je suis très connue là-bas des critiques et des étudiants en cinéma. Je suis la chouchou des universités.

Vous avez autrefois déclaré que l’Oscar d’honneur, c’était «l’Oscar du pauvre»…
Ce n’était pas bien de dire ça. Je n’étais pas au courant qu’il s’agissait d’un vote spécial. Parmi ceux qui ont reçu cette récompense, il y a des inconnus pour moi, mais aussi Hitchcock, Chaplin, Etaix et Godard (qui n’est pas venu le chercher !). Maintenant que j’ai mieux compris ce que c’est, je le prends avec beaucoup de joie !

Vous regrettez de ne pas avoir fait de gros succès populaire ?
C’était improbable, mais beaucoup de mes films sont aimés et, ça, c’est une récompense extraordinaire. Aujourd’hui, je gagne ma vie en vendant des oeuvres et des photos à des musées : ce n’est pas le cinéma qui me nourrit, mais il me rend très heureuse. Mes films ne peuvent pas marcher comme une comédie de Dany Boon ou comme « Blade Runner ». Mais s’il y a une cour des grands, j’accepte d’être dans la cour d’école !

De quoi êtes-vous la plus fière ?
Je suis fière d’avoir duré, déjà. De ne pas avoir gagné ma vie en faisant de la publicité pour des voitures ou des cosmétiques. De n’avoir jamais trahi mes valeurs : j’ai toujours essayé de faire du cinéma spontané et de chercher des structures et des idées différentes pour chaque film. Je n’ai jamais renoncé à mon désir de cinéma.

Vous avez été la première femme à vous imposer dans ce monde d’hommes qu’était le cinéma…
J’ai essayé de faire du cinéma radical plus que de m’imposer comme femme. Au moment de la Nouvelle Vague, je disais à toutes les femmes : « Venez, apprenez les métiers du cinéma, devenez chefs op, photographes, électriciennes, productrices… Réalisez des films ! » Depuis, il y a beaucoup de femmes formidables dans le cinéma français : des chefs op comme Caroline Champetier, Agnès Godard, ou des réalisatrices comme Céline Sciamma, Noémie Lvovsky, Patricia Mazuy, Pascale Ferran, Anne Fontaine, Sandrine Veysset, Claire Denis…

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