2046 au sommet du désir…


Résumé :

Hong Kong, 1966. Dans sa petite chambre d’hôtel, Chow Mo Wan, écrivain en mal d’inspiration, tente de finir un livre de science-fiction situé en 2046. A travers l’écriture, Chow se souvient des femmes qui ont traversé son existence solitaire.
Passionnées, cérébrales ou romantiques, elles ont chacune laissé une trace indélébile dans sa mémoire et nourri son imaginaire. L’une d’entre elles revient constamment hanter son souvenir : Su Li Zhen, la seule qu’il ait sans doute aimée. Elle occupait une chambre voisine de la sienne – la 2046…

2046 s’inscrit dans la lignée de « In the mood for love » un des premiers succès en France de Wong Kar waï, réalisateur chinois reconnu mondialement pour la qualité de ses œuvres.

Entre théâtralité et mythologie.

Il existe une légende qui raconte qu’autre fois lorsque nous voulions déposer le poids d’un secret, nous allons dans les montages jusqu’à un arbre, et dans son tronc y déposer au sein d’un trou notre secret.

Voila comment résumer cette légende qui va créée par Wong Kar Waï. Pourquoi commencer 2046 par cette légende ? Pour ceux qui ont vu In the mood for love, une chose est sur, c’est le lien entre les deux films de l’auteur.

L’auteur a su se créer un univers bien à lui, un monde unique. Entre la nostalgie et le regret du passé. Les personnages sont prisonnier d’eux même et ne cherchent qu’une chose, retrouver le souffle et l’amour d’autrefois.

Dans une ouverture théâtrale, le réalisateur ouvre le bal avec le trou des secrets. Dans décors chaud, il nous plonge dès le début dans sa mythologie onirique. Onirique par ce que chacun des protagonistes du film courent après un rêve, un désir. L’un cherche la gloire, un autre les femmes et un autre la femme qu’il a aimé en secret.

Sa mythologie se centralise exclusivement dans le dénie et dans l’évitement. Et lorsque le poids des secrets épuise l’homme il doit parler, mais parler à qui ? En 2046 les gens ne se parlent plus, ce sont des cyborgs qui s’occupent du réconfort humain.

Et si on avait besoin de s’ouvrir ? Il faut donc aller sur le sommet d’une montagne et trouver un tronc d’arbre, puis y creuser un troue pour y déposer nos murmures et nos secrets.

Quel est-il ce secret ? « Je l’aime, est-ce qu’elle m’a jamais aimé » est le sujet principal du film, bien en amont de l’aspect futuriste du film.

Le titre exposé en ouverture est très caractéristique, écrit d’une police identique à celle des machines à écrire, elle illustre le métier du personnage CHOW, mais également l’idée principale du film, l’écriture d’une histoire de sciences fictions qui se passerait dans le passé ». Quant au choix de la scène d’ouverture, avec des rideaux, marquant la théâtralité de l’oeuvre dans son aspect tragique. L’homme et ses pulsions refoulées sont seuls face à l’inévitable solitude.

Dis-moi est-ce que tu m’aimes ?

Le thème de la rupture est pondérant dans ce film, c’est-à-dire qu’il rythme le film du début à la fin.

L’histoire narrative débute en 2046, un lieu figé hors du temps. Paradis futuriste ouvert aux souvenirs ; ce monde idéalisme né sous la plume de Chow semble assez sombre et tortueux. Il n’est là que dans le but, aider Chow à aller au-delà de ce qu’il a vécu. Peut-être dans l’espoir que ses écrits prendront un jour vie ? Peut-être pour essayer d’immortaliser des souvenirs, d’embellir ce qui fut bref et raté. Ou encore pour se soigner ?

En 2046, les rêves et les souvenirs y restent. Les âmes sœurs en peine y vont pour se retrouver. Les cœurs brisés s’y écroulent pour ne plus jamais la quitter. 2046 est un lieu mystérieux dont personne ne parle sans réellement le connaître.

Des gens y restent. Beaucoup de personnes veulent partir vers 2046, pour y retrouver un bonheur perdu, Mais comment y aller et comment y revenir ?

Mais qu’est-ce 2046 ? Tantôt une chambre, tantôt le titre d’un roman érotique (Cf. le personnage de CHOW ndlr).

Pour marquer l’incohérence des désirs, l’auteur dit

« En 2046 un train mystérieux la terre est prise dans un réseau ferré, et un train mystérieux part régulièrement vers 2046.».

L’Homme tragiquement pigé dans le présent, est en quête d’un bonheur fugitif. Pour survivre pour faire acte de résilience, il se doit de réapprendre à vivre avec des images du passé et malgré ses voyages
dans le temps il ne peut modifier ce qu’il a été.

De la rupture à l’enfermement

La rupture est un leitmotiv, chacun des personnages vit en rupture physique, en rupture sentimentale et rupture psychologique. Chow cherche désespérément dans chacune de ses conquêtes une chose qu’il aurait perdue en reculant devant ses sentiments passés. Malgré ses efforts, malgré ses attentes, il reste pris dans un désir de contrôle, en devenant un séducteur avéré, cherchant en chacune de ses conquêtes la réponse inavouée de son véritable amour Su Li Zhen.

Certains verront en lui, le profil psychologique d’un névrosé obsessionnel, il cherche en la sexualité une ouverture vers un bonheur perdu ; ce n’est qu’uniquement dans des moments de calme, assis à côté d’une fille qu’il aime, et sans acte physique, qu’il se sent paisible et en communion avec lui-même. Lorsque la parole entre en jeu, seul l’échappatoire de la rupture l’offre une certaine dominance sur ses sentiments. « Pars avec moi ? » La réponse est sans appel… » L’autre se refuse ou bien le met au pied du mur par le biais d’un jeu dont elle seule est la maîtresse. Cette sensation de dominance le rend esclave du doute, un doute qui le ronge, un doute qui le consume comme la cigarette qui se meure au fil des heures d’écritures.


2046 une œuvre cinématographie et plasticienne

L’aspect plasticien de 2046 est visible dans la composition des images. L’ouverture théâtrale du film sur une ville futuriste, la prédominance des formes ovales et rondes. Le choix des couleurs chaudes et froides. Chacune des images, chacun des cadrages offrent une impression de grandeur fermée dans un monde remplie de barrière entre les Hommes. La composition de la scène d’ouverture ressemble étrangement à l’œuvre de Benjamin (un maître de manga chinois, reconnu mondialement ; il a notamment dessiné pour le clip de Jena Lee J’aimerai tellement ndlr)

L’amour est le moteur de ce film

« J’ai aimé autre fois, mais elle m’a quitté, je suis donc allé en 2046 pour la retrouver…Sa réponse est un secret que nul n’apprendra jamais. »

Au delà de l’aspect futuriste et théâtrale du film, une certaine fraîcheur et un sentiment lourd en émanent, et si nos réponses et nos questions n’avait aucun sens et si 2046 n’était qu’une échappatoire, un leurre ; un lieu en chacun de nous pour fuir la réalité empirique où l’autre ne sera jamais qu’un mystère.

UNE TRAGEDIE MODERNE

La tragédie est la représentation d’hommes soumis à une force supérieure. Nous avons dans ce film un aspect assez tragique, en effet Chow est sans cesse à fuir ses émotions, il ne veut pas dire clairement qu’il aime quelqu’un. Il ne veut pas dire clairement lorsqu’il est heureux, lorsqu’il est triste. Il cherche sans cesse à avoir le dessus sur les autres. Une stratégie de soi, un fort monitorage. Il ne veut jamais perdre la face et cherche sans cesse à aller devant, même s’il reste pathologiquement attaché au passé.

Lorsqu’il évoque « je voudrai que tu partes avec moi? » il se heurte à l’autre qui est différent de lui « Tu ne sais rien de mon passé ».

Le passé est cette chose que personne ne peut contrôler, le passé et les émotions sont ces barrières invisibles qui séparent les hommes ; car chacun à sa propre histoire, ses propres émotions qu’on interprètera différemment en fonction de sa personnalité et de son vécu.

« Rien ne t’oblige à m’en parler » Mais pourtant l’Amour est mis entres les mains du hasard « Tu gagnes, je viens » Un terrible fardeau pour un séducteur qui a pour accoutumance de contrôler les choses en amont.

Même Loulou essaie d’échapper à son passé, contrairement à Chow

« Si je n’avais pas retrouvé loulou, je n’aurai pas écrit 2046 »

Si on devait se pencher un peu plus sur le personnage de Chow, on pourrait dire qu’il est un acteur polymorphe, à la fois le créateur de son présent mais également le créateur de son futur.

Les éléments ponctuant la tragédie humaine de ce film sont centrés sur les pulsions et les passions.

Où les désirs et le passé sont des forces qui enlisent le personnage dans une condition de regret et d’échec.


Par la force des choses et le pouvoir des mots

Les mots ont ce pouvoir de changer tout, mais également apporter le bonheur. « Racontez-moi puisque je n’irai jamais… »

Les personnages pourraient être heureux, ils pourraient vivre en paix avec eux même, mais par ce que des mots restent des non-dits, ils se condamnent au silence et au doute.

En conclusion le seul réel voyage dans le temps est le souvenir (passé) et le rêves (projection dans un futur hypothétique).

Vivre, donner, aimer, et s’aimer…

2046 marque la fin comme un commencement où l’individu est sans cesse en exil de lui-même mais également étranger des autres. « L’autre n’est pas moi »

L’autre est sans cesse à nous fuir car il ne se comprend pas lui-même et se recherche. Il veut aimer, entendre qu’on l’aime et pour cela il demande à l’autre « pars avec moi… » Mais l’autre n’ose pas se mettre à découvert. Car exprimer ses émotions aurait beau nous libérer, mais nous en devenons vulnérables. Et donc nous avons peur de nous offrir ou tout simplement peur de prêter ce qui semble être le plus précieux. L’autre doit se donner à part entière, mais comment aimer sans s’aimer ?

« Il y a des choses que je ne pourrai jamais prêter… » L’amour comme le coeur, ne se prête pas, mais restent un lien entre les hommes, créateur d’une barrière Psychologique ; Chacun aime, chacun déteste mais « pourquoi ne peut-on pas revenir en arrière ? » Sûrement par-ce que le monde empirique nous l’interdit, seuls le rêve et le désir d’un amour retrouvé nous aide à continuer machinalement comme les androïdes du film, démunis d’un programme affectif, mais qui par la force des choses finissent par aimer, car vivre c’est percevoir et aimer.

LE SAVEZ-VOUS ?

  • Les dates symboliques ponctuent le film
  • 20*25, un appel à cette nuit de décembre, où il fallait se serrer pour ne pas avoir froid
  • Hot hotel 20X25
  • 2412 2512 la zone froide références au soir de noël 24/12 et 25/12. une soirée qui a marquée la vie de Chow
  • Ce film a été projeté à l’ouverture de festival de Canne, mais la version projetée est différente de celle que tout le monde à pu découvrir en salle à sa sortie.
  • Ce film est au programme du BAC L de cinéma depuis 3 ans déjà.

Date de sortie cinéma : 20 octobre 2004
Film déjà disponible en DVD depuis le : 1 juin 2006

Réalisé par Wong Kar-Wai
Avec Tony Leung Chiu Wai, Gong Li, Takuya Kimura,

Long-métrage hong-kongais. Genre : Drame
Durée : 2h09 min Année de production : 2004
Distributeur : Océan Films

Julien Vachon pour Backstage©

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