Printemps, été, automne, hiver… et printemps


Le cycle de la vie

Le film date un peu, plus exactement de 2004. En France, il est fréquent que des films asiatiques tombent dans l’oubli. Est-ce par mégarde, ou par manque de promotion ? Pourtant il y a bien des chefs d’œuvres, 2046 de Wong Kar Waï, les mélodies enivrantes de L’Été de Kikujiro, l’adrénaline de Death Note. Ou bien ce film, Printemps, été, automne, hiver… et printemps. Une fable zen, d’une magnifique beauté plastique, sur les épreuves de la vie, signée A Kim Ki-Duk, cinéaste coréen hors normes.



Sur un lac aux eaux calmes, perdu au fond d’une vallée encaissée, se trouve un petit temple flottant. Un vieux maître zen et son disciple, un petit garçon, y vivent en harmonie avec la nature. Le passage des saisons rythme les différents cycles de la vie du jeune moine. Au printemps survient la perte de l’innocence. L’été accompagne l’éveil du désir et de la passion, qui consument les sens
et égarent les esprits. En automne explosent la violence et la destruction.

L’hiver est l’âge de la raison et de la rédemption. Puis arrive un nouveau printemps, celui de la sagesse et de la
transmission : le disciple est devenu maître à son tour. C’est ainsi qu’est et reste ce cycle éternel de la vie. La ville éveille les pulsions refoulées, tandis que le calme et l’isolement révèle l’être en nous.

Ce film est un recueil de symboles plus grands les uns que les autres. L’auteur de ce film est fortement inspiré par la culture occidentale et la plonge dans la codification orientale. Ce qui explique que l’enfant est en gris, c’est à dire en instance vers son rôle dans le chaînon de la vie. Sa femme en blanc, annonciation de la mort.


En effet en Orient, le Blanc est le symbole de la mort, cette symbolisation prend racines dans l’image du voile mortuaire ; qui est blanc. Lorsque l’adulte grandi, il porte les pêchés du monde et doit les porter tel Saint Christophe, qui porte le Christ vers l’autre rive.

Un peu mystique, un peu surnaturelle. A Kim Ki-Duc, ancien élève en Art et Religion, nous donnes la clé du savoir et de l’origine de l’univers.

Le cycle est ainsi fait : nous tuons un être ; cet être nous suivra toute notre vie, et mourra avant nous pour nous suivre vers l’autre monde. Cette image symbolique, nous réfère à plusieurs images : celui du poids de nos actes, c’est-à-dire nul ne peut tuer ou commettre un crime sans en ressentir les affectes le restant de sa vie. Nous avons également l’illustration d’un cercle éternel où chaque élément tient une place, comme un chaînons d’une chaîne.

La femme voilée est le symbole de l’Athéna, la femme sans visage, et l’enfant le symbole de la vie, mais également celui du futur.

Le lieu clos est un endroit hors du temps : « Ici on ne capte pas / On est dans un trou perdu », et tels les mots du penseur Coréen, qui écrit des psaumes sur un morceau de bois, avec de l’eau, la parole s’envole et la sagesse demeure…

Si l’enfant est sans prénom, le sage aussi, ainsi l’histoire reste universelle, et correspond plus à l’idéologie du film qui est de raconter l’histoire de la vie, le cycle des saisons, dont la seule rupture est l’hiver et la mort.

Julien Vachon

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